Indépendance de la justice, “Les juges ne doivent pas céder aux pressions des militaires et des politiques”

Liberte; le Samedi 25 Mars 2006
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Abdelaziz Bouteflika reconnaît que la réforme de la justice n’a pas encore atteint tous ses objectifs.La réforme de la justice est une démarche de longue haleine. Le président de la République admet volontiers que ce chantier, lancé il y a  près de sept ans, n’est pas encore terminé et que ses objectifs ne sont pas totalement atteints. “Je ne dis pas que les textes sont parfaits mais il s’agit (la réforme, ndlr) d’une initiative inédite depuis l’indépendance, d’une étape qui doit être complétée par d’autres étapes”, soutient-il. Modérant sa critique, il souligne que des pas ont été franchis du moins dans la modernisation législative. “Je m’excuse auprès de mes compagnons venus de France (des avocats du collectif de défense du FLN, invités d’honneur de la conférence), mais la législation algérienne, compte tenu des dangers que vit l’Algérie, est plus avancée que le droit français”, assène-t-il tout en se défendant de vouloir rivaliser avec la justice de l’Hexagone. “Nous sommes tous des produits de l’école française”, corrige-t-il avec diplomatie. Si effectivement, le corpus des lois est étoffé, la machine judiciaire souffre encore de graves dysfonctionnements. D’où l’appel du Président à “une révolution globale dans les textes et les mentalités”. “Ce secteur est sensible. Il a besoin de plus d’efforts de la part de ses hommes intègres”, note-t-il. La probité doit surtout distinguer les praticiens du droit, à leur tête les magistrats. “L’indépendance de la justice passe par l’impartialité du juge qui ne doit pas être corruptible ou céder à la pression des militaires et des politiques”, martèle le Président. Jamais auparavant, il n’avait désigné les militaires parmi les tentateurs. Selon lui, “le juge doit se fier à ce que lui dicte sa conscience uniquement”.Le Président défend l’État de vouloir faire main basse sur l’appareil judiciaire. “L’État a des responsabilités délicates. Il n’a aucun intérêt à avoir une mainmise sur les pouvoirs judiciaire et législatif”, fait-il remarquer. Toutefois, il reconnaît que certaines pratiques exécrables ont la vie longue. “Nous sommes conscients de la réalité. Qu’on ne nous demande pas de changer les choses du jour au lendemain”, fait remarquer le Président, en assurant que les réformes engagées expriment “un choix irréversible et que, lentement, elles seront réalisées”.Les chapitres qui lui semblent importants doivent faire la promotion des droits humains et des libertés collectives et individuelles, à travers notamment l’amélioration des conditions d’incarcération, l’usage exceptionnel de la détention préventive, la réparation en cas d’erreur judiciaire ou d’emprisonnement injustifié, etc. Plus globalement, le droit, selon Bouteflika, doit consacrer les valeurs de solidarité.Débordant sur le domaine social, il indique que “l’économie de marché a ses défenseurs, à l’intérieur et à l’extérieur du gouvernement. Mais l’Algérie dispose, par ailleurs, de courants qui, même s’ils ne sont plus socialistes, ont la conviction que la stabilité et la paix sociale sont tributaires de la solidarité”. Son appui s’est exprimé jeudi à l’endroit des avocats devant lesquels il s’est engagé à promouvoir le statut particulier “en cours d’élaboration - et devant - régir la profession conformément aux normes internationales”, et la création d’un institut de formation en faveur des avocats stagiaires. En revanche, les robes noires devront, selon lui, élire “des instances — syndicales — crédibles”.S. L.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rédaction nationale

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