L’agenda diplomatique du président suscite des réactions, Paris et la santé de Bouteflika

Liberte; le Lundi 13 Mars 2006
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Après un mois de convalescence, le président algérien reprend à la hussarde son activité diplomatique. Or, c’est le moment qu’ont choisi les milieux médiatiques français pour insinuer que la santé du Président est toujours fragile ! Décodage. Depuis que le président Bouteflika est rentré de France, après une hospitalisation d’une quinzaine de jours à l’hôpital militaire de Val-de-Grâce, les choses semblaient rentrer dans l’ordre. Par messages ou lors de son discours, le président Bouteflika n’omet pas de remercier les Algériens de leurs témoignages de sympathie qualifiant cette épreuve de santé de “coup du sort”. Après une période de repos prescrite par le professeur Zitouni, qui excluait une activité politique chargée, le président algérien a repris ses audiences à un rythme soutenu qui laisse entendre qu’il n’est pas près de se montrer économe physiquement.Le ballet diplomatique, qui a succédé à cette reprise en douceur, fait qu’il possède un agenda chargé. L’Américain Rumsfeld, le Brésilien Lula, le Portugais Sampaio, le Russe Poutine, entrecoupé du Britannique Jack Straw et de quelques émissaires diplomatiques ont donné la latitude au Président de montrer qu’il avait repris la forme.Mais ce retour aux affaires courantes de Bouteflika ne semble pas convaincre tout le monde. Dans un mystérieux élan collectif, une large partie de la presse française a choisi le timing pour remettre en avant la sulfureuse thèse d’un président algérien encore “malade” et “amoindri”.Paradoxalement, ce sont les poids lourds de la presse parisienne qui rivalisent d’anecdotes pour étayer cette thèse. On surveille ses costumes “trop larges”, signes d’un amaigrissement post-opératoire, on guette ses apparitions à la télévision, on scrute son visage, on décortique ses gestes et on épluche ses activités futures pour savoir s’il est toujours d’aplomb. Pour Le Monde, le président Bouteflika “a un emploi du temps fait sur mesure. Les chancelleries ont été priées de ne plus prévoir de visites officielles de personnalités étrangères ni de solliciter d'audiences durant le week-end (…) Lui qui se saisissait de la moindre occasion pour discourir, au point d'“habiter” la télévision, parle peu, désormais”. Ce journal est relayé par Libération qui trouve que la maladie du Président est toujours un sujet d’inquiétude. La radio RTL livre, pour sa part, une analyse qui a le mérite d’être limpide sur les agacements français. “On ne compte plus les déplacements annulés : pèlerinage à La Mecque, sommet de l’Union africaine, obsèques de l’émir du Koweït, type de cérémonies que, par principe, il ne rate jamais”, commente la journaliste Isabelle Dath, avant d’ajouter, à propos des relations algéro-françaises, que “le président algérien est muet. Lui, qui n’a cessé de vociférer contre la loi mentionnant le rôle positif de la colonisation, n’a rien dit depuis que l’alinéa en question a été supprimé. Dans leur échange de lettres après son hospitalisation parisienne, il y a deux mois, il n’a même pas daigné répondre à la proposition de Jacques Chirac de se parler rapidement pour relancer le projet (…) Le fait est que le téléphone est cassé et le traité est non pas en convalescence, comme l’est le président Bouteflika, mais en réanimation”.Paris est ainsi agacé par l’attitude de Bouteflika et le fait savoir par médias interposés. À Alger, on considère dans les cercles politiques favorables au Président que c’est un comportement “inamical” alors que le président algérien a choisi volontairement la France pour se faire soigner signe d’une confiance retrouvée avec Paris et précisément Jacques Chirac.Ce dernier, qui a eu à traverser une épreuve similaire (hospitalisation, convalescence et retour à un agenda normal) est critiqué pour son incapacité de faire pression sur le président algérien pour accélérer une ratification qui semble, selon la conjoncture actuelle, servir davantage Paris qu’Alger.En effet, le message de Bouteflika à travers l’accueil de personnalités aussi éminentes que Rumsfeld, Lula, Poutine ou Roh Moo-Hyun n’est pas arrivé altéré en France. La diversification des partenaires stratégiques, au-delà du traditionnel face-à-face avec la France, est une démarche volontaire et réfléchie. À Paris de saisir la nuance. Et les allusions récurrentes à l’état de santé du président Bouteflika ne sont pas faites pour arranger le dialogue. M. Boudjema

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rédaction nationale

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