“L’ENTRAVE” DE SACI OUALI, Un “embryon” de roman

Liberte; le Lundi 2 Avril 2012
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Un écrit plutôt hybride, renfermant un “embryon” de roman “éparpillé” sur un parcours narratif oscillant entre le témoignage d’une époque d’un double point de vue sociologique et historique, dans le genre reportage, et un élan intensément cathartique. Mais s’il accroche le lecteur, il n’est pas pour autant absous de certains “péchés” par trop récurrents. L’auteur de ce livre franchement captivant à bien des égards est ingénieur en électronique, diplômé de l’École polytechnique de Milan. Ce qui explique, évidemment, le fait que la Botte italienne ait souvent foulé un récit d’abord quasi autobiographique, en même temps qu’il confine à une fresque mosaïque sur laquelle cohabitent le souci de la peinture sociologique et celui du témoignage historique. En quatrième de couverture on peut lire : “Sans fierté mal placée, ni fatalisme, la trame de ‘‘L’entrave’’ emprunte beaucoup au vécu : En Algérie, à la fin des années 1940, dans un dénuement total, sont nés deux cousins. Ils téteront le même sein. Ils vivront les premiers chocs culturels (L’École de Jules Ferry et l’École coranique). (…) L’un des cousins deviendra intégriste, l’autre serait plutôt libertaire”. Des années 1940 en Algérie profonde, à l’attentat spectaculaire perpétré le 11 septembre 2001, à New York et aux Groupes de légitime défense (GLD), le lecteur voyagera à travers une foule de situations, de scènes tribales et familiales, d’événements nationaux, tous dépeints avec force détails, non sans certaine fougue et passion dont jaillit, du reste, une tenace propension à “asséner” moultes “explications” et autres “définitions” de type sociologique ou ethnologique. Ce sont en fait des perceptions et des convictions propres à l’auteur. Reporter de presse sans le vouloir et sans le savoir, Saci Ouali adoptera avec beaucoup de spontanéité dans sa narration, notamment lorsqu’il “débarque” à la période de la décennie noire, la technique du reportage. Un volcan d’amertume, de dépit et de dégoût conjugués face aux élans d’une violence barbare et dévastatrice, ces années-là. Les descriptions de caractères corroborent parfaitement des comportements et justifient bien des préjugés érigés en règles régissant en partie un certain pan de la vie “super-structurelle” de la société rurale, en particulier. Force est de constater la précipitation dans une tendance didactique quelque peu empreinte d’un excès d’assurance, qu’illustre une profusion d’annotations en bas de pages. Certaines pertinentes incontestablement, d’autres sujettes à caution car parfois trop audacieuses. Ce qui nous amène à faire deux remarques : ce “récit” est saturé d’incursions récurrentes dans la sphère d’un érotisme, qui est laissé à peine au stade d’un embryon d’ébauche de raffinement pour que cela puisse passer. La seconde est que l’auteur aurait pu prendre le soin de soumettre son écrit à la correction au préalable, et ainsi la syntaxe et la rigueur stylistique auraient pu éviter d’être écorchées. Un bon livre (de 188 pages) cependant, mais trop amplement affranchi de certaines règles. La liberté d’écrire, toutefois, demeure évidemment respectable. Au demeurant, l’auteur semble destiner son écrit davantage à une consommation occidentale (le souci permanent et constant de traduire absolument du kabyle au français le prouvant). À propos, comment se fait-il que le vocable prééminent n’ait pas été traduit en kabyle, à savoir le titre du livre ?
M B

Categorie(s): culture

Auteur(s): Rédaction nationale

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