La chronique de Abdelhakim Meziani, Est-il possible de s’adosser à l’Histoire avec Benjamin Stora ? (2/3)

Liberte; le Samedi 24 Mars 2012
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La première partie de cette chronique n’a pas été sans susciter moult réactions. Il y est question du génocide dont a été victime tout un peuple mais aussi d’un cousin particulièrement cher. Je veux parler de Benjamin Stora, un Algérien de confession juive, devenu subrepticement pour les besoins de l’émission de David Pujadas un… pied-noir (???). Un reniement, encore un alors que l’Algérie a toujours ouvert ses portes à cet historien de renom dont la pratique, si elle nous change sensiblement du dogmatisme à l’honneur dans la société politique française, n’en reste pas moins émoussée par quelques louvoiements et autant de concessions de taille. Si ses doutes et  ses questions sont légitimes, force est de constater qu’ils servent d’alibi car la xénophobie et la censure sont toujours là et, dans le documentaire, du texte à l’image. Actualité ou fiction, je dirais avec Christian Metz, un des meilleurs spécialistes du langage cinématographique, que la réalité dont le cinéma offre l’image apparaît terriblement vraie. C’est pour cette raison et bien d’autres, irriguées le plus souvent par deux perceptions antagonistes de l’histoire, qu’il convient d’être prudent, de s’en tenir à la seule vérité qui se refuse de renvoyer dos à dos auteurs d’actes génocidaires et militants d’une cause nationale. Le documentaire réalisé par Gabriel le Bomin et scénarisé par Benjamin Stora ne se focalise, en réalité, que sur les grands discours, les grandes dates et les événements qui auront ébranlé les fondements politiques de la France. Le coup d’État militaire à Alger, la chute de la IVe république, la naissance de la Ve, cette bête immonde que fut l’OAS, le massacre des pieds-noirs à Oran et celui des harkis semblent être ses préoccupations centrales. Plus royalistes que le roi, les auteurs de cette production, prolongement s’il en est du cinéma colonial, semblent conforter dans sa thèse Nicolas Sarkozy. Surtout lorsque le candidat-président ne rate jamais l’occasion de marteler que la France ne peut pas “se repentir d'avoir conduit” la guerre d'Algérie, même si les “abus” et “atrocités” commis de part et d'autre durant ce conflit doivent être “condamnés”! Remettant en cela et au goût du jour, donc en pleine période électorale, l’idée perfide que la France n’a pas commis de crime en Algérie mais simplement répondu à la violence et aux atrocités du FLN, le film scénarisé par Benjamin Stora et réalisé par Gabriel le Bomin n’aura été, à l’évidence, qu’une piètre entreprise de propagande. Sorti en pleine période électorale, il ne fait que s’inscrire, malgré lui, dans les campagnes xénophobes et islamophobes orchestrées par la droite française. Campagnes curieusement confortées par les lâches et inqualifiables assassinats attribués à un Français d’origine algérienne. Un raccourci, encore un, qui nous donne l’impression d’une redondance tant il n’est pas sans nous rappeler la prise d’otages à Alger du vol Air France 8969, en pleine campagne électorale menée par… Nicolas Sarkozy pour le compte d’Edouard Balladur... Après le scandale DSK mis en scène avec la complicité du pays de l’Oncle Sam et les innommables tueries qui ont touché des Français juifs et musulmans, il y a lieu de croire que le chemin du retour triomphal à l’Elysée passe irréversiblement par des mares de sang judicieusement irriguées par la raison d’État (de droite). Celle-là même que le réalisateur français André Cayatte avait stigmatisée, en 1978, dans un film dont le signifié porte sur l’assassinat d’un biologiste en possession de preuves de la responsabilité de la France dans la mort de 240 enfants africains tués dans leur avion par des missiles français. Montée au créneau, la collaboratrice italienne de la victime sera arrêtée par les services secrets français pour espionnage. Prise dans une machination, elle sera contrainte de partir au États-Unis non sans avoir été convaincue de se faire passer pour un agent de la CIA (Al-Qaïda n’existait pas encore à l’époque) aux yeux de l’opinion publique… Cela ne l’empêchera pas d’être assassinée à son tour. Sauf que, contrairement au jeune Français Mohamed Merah, elle ne portait pas de gilet pare-balles…
(À suivre…)A. M.zianide2@gmail.com

Categorie(s): culture

Auteur(s): Rédaction nationale

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