La chronique de Abdelhakim Meziani, Rhétorique présidentielle, communauté de destin et Sport national

Liberte; le Samedi 21 Avril 2012
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Je ne sais pas pourquoi, mais le message adressé par M. Abdelaziz Bouteflika, à la veille du lancement de la campagne électorale, est loin d’être un simple exercice de style. Fondateur, il l’est surtout lorsque le premier responsable du pays compare l’acte électoral à l’option prise par tout un peuple pour briser les chaînes de l’oppression et de la fatalité. Et je suis de ceux qui croient fermement que le discours en question aurait pu constituer une opportunité de rupture, d’en découdre avec les simulacres et des décisions qui s’attaquent plus aux effets qu’aux racines du mal. En mettant l’accent sur le fait que les Algériens partagent des valeurs qui fondent une communauté de destin et qu’ensemble ils doivent dire clairement dans quelle société ils veulent vivre, il donne cependant l’impression  d’oublier que les temps ont drôlement changé. À un moment où les indus-occupants du FLN s’offrent en spectacle ternissant ainsi l’image de marque du parti libérateur et fondateur de l’Etat algérien, le Mouloudia club d’Alger, un autre symbole du mouvement national, ridiculement bradé à un citoyen français, l’avenir du football national dangereusement hypothéqué par ce qui vient de se passer dans l’attachante ville de Saïda et l’incroyable crise vécue par la JS Kabylie. Bien qu’ayant énormément souffert de la variante systémique en vigueur depuis sa première élection, j’ai un très profond respect pour celui qui a rétabli dans leurs droits historiques le soufisme, Messali Hadj, Abane Ramdane, Krim Belkacem, Ferhat Abbas et Benyoucef Benkhedda. Et ce respect demeure intact lorsque M. Abdelaziz Bouteflika tente désespérément de mettre sur les rails du progrès et du raffinement un peuple qui ne fait strictement rien pour en découdre avec la fatalité et un statut d’éternel assisté. L’appel présidentiel au sentiment national pour rassembler les Algériens derrière son projet de société est, à l’évidence, non sans pertinence. Force est de constater cependant que le fait d’affirmer le partage des valeurs fondatrices de la communauté nationale n’est rien de plus qu’une pétition de principe qui s’inscrit dans la rhétorique présidentielle, et plus largement dans la rhétorique politique. Cette même rhétorique ne rate pas une occasion de saluer, par exemple, les performances sportives des athlètes algériens lors des compétitions internationales pour mieux exprimer que les sportifs – lorsqu’ils l’emportent – incarnent ces valeurs partagées par la communauté nationale. Mais pour peu que des incidents sur nos stades nous rappellent à la dure réalité, le sang-froid cède la place à l’affolement et aux raccourcis dangereusement empruntés par la société politique, comme ce fut le cas à la suite des événements extra-sportifs ayant sanctionné la rencontre Mouloudia de Saïda-USM Alger. L’attachante ville de Saïda, connue pourtant pour avoir été un merveilleux tremplin pour le mouvement des ciné-clubs et le théâtre amateur, est vouée aux gémonies alors que les raisons du mal sont à débusquer ailleurs, notamment à travers la démission de l’Etat et la permissivité concédée à des bandes organisées quand elles ne sont pas manipulées, y compris par les réseaux sociaux où un certain “malade de l’Algérie”, Bernard-Henri  Lévy pour ne pas le désigner, donne les dernières retouches à sa “colonisation de l’Algérie autrement”. En décidant de dépassionner les débats et de limiter les sanctions aux considérations strictement sportives, bien loin de toute manipulation politicienne et revancharde, Mohamed Raouraoua, président de la FAF, a emprunté une démarche qui honore le football national. Confronté à une réalité objective qui ne peut être comprise que si on l’analyse à partir des hypothèses, des espoirs, des besoins, des nostalgies et des intérêts des gens ordinaires, il nous faut nous demander ce qui pousse les gens de peu, les anonymes, les inconnus qui constituent la nation à se reconnaître en elle. Car, comme le remarquait Renan, une fois que l’on a évacué de la nation les abstractions qui la constituent, “que reste-t-il ?”
A. M.zianide2@gmail.com

Categorie(s): culture

Auteur(s): Rédaction nationale

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