Le patron de l’UGTA lance plusieurs messages politiques, Sidi-Saïd monte au front

Liberte; le Jeudi 15 Decembre 2011
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Après avoir fait le dos rond aux critiques de ses adversaires, le patron de l’UGTA passe à l’offensive en expliquant que rien ne se fera sans la centrale, encore moins contre elle. Décryptage.Si les fleurs bougent, c’est qu’il y a du vent. Abdelmadjid Sidi-Saïd dont l’organisation, l’UGTA, est accusée, à tort ou à raison, d’évoluer à la périphérie du pouvoir, assimilé par ses détracteurs au pompier social, a troqué hier les habits du débonnaire pour enfiler ceux d’un syndicaliste prêt à en découdre avec ceux qu’il accuse ouvertement de comploter contre l’organisation qu’il dirige et qui cherchent à porter atteinte à sa crédibilité. “Attention, ne jouez pas avec le feu, nous sommes le pilier de la stabilité sociale. Ne suivez pas le serpent dans son nid”, a-t-il averti, hier, devant son état-major, les SG des unions de wilaya et les responsables des fédérations des 48 wilayas réunis à l’hôtel Essafir à Alger.Même s’il se garde de ne citer aucune partie, ses attaques visent pêle-mêle les syndicats, certains membres du gouvernement et certains partis politiques. Même certains pays étrangers en auront pour leur compte. “Il y a certains qui disent que représente l’UGTA ? Ils veulent semer le doute parmi les syndicalistes, ils veulent manipuler. Nous ne sommes pas complexés. Personne ne viendra nous dire qu’on est contre les syndicats autonomes. En 1990, nous étions les premiers à applaudir le pluralisme. Mais il ne faut pas que certains fassent pression sur l’UGTA”. Histoire de lever les équivoques sur cette sortie pour le moins impromptue, il soutient qu’“il ne s’agit ni d’un chantage ni d’une menace”. Mais une cible semble particulièrement cristalliser sa colère : le ministère de l’Industrie, saisi le 1er décembre dernier par écrit sur les harcèlements dont sont victimes certains syndicalistes à Rouiba, mais qui ne répond pas depuis.        “Actuellement, il y a des attaques de certains responsables sur certains syndicalistes. Ils licencient des travailleurs à Rouiba avec tout ce qu’elle a comme histoire (allusion à son statut de fleuron de l’industrie et son rôle dans les évènements d’Octobre 1988). La conjoncture actuelle ne nous permet pas d’entrer dans l’anarchie car cela va se retourner contre nous. Mais, si jamais demain, ça explose et que ça nous échappe, comment va-t-on faire ?” s’interroge-t-il. “Les dépassements sont inacceptables”, dit-il. “On a écrit au ministre et deux semaines après, il ne nous répond toujours pas (…), ils nous poussent à l’anarchie. Celui qui ne règle pas les problèmes aura affaire à nous”, met-il en garde. “C’est prémédité, ils veulent attenter à la crédibilité de l’UGTA”, a-t-il accusé.Pour Abdelmadjid Sidi-Saïd, nul ne dispose du pouvoir de “comploter contre l’UGTA”, encore moins à se “jouer de sa crédibilité”. Hormis Bouteflika qu’il épargne et qu’il loue, il lance des piques même à ses partenaires de la tripartite. “Les provocations viennent de nos partenaires (…), le dialogue social est basé sur le règlement des problèmes. Ce n’est pas à nous d’appeler au règlement des problèmes. On ne nous manipule pas. Ils pensent que notre silence signifie notre acceptation. Excepté Bouteflika, garant de la stabilité, celui qui joue, on va jouer avec lui”.Autre cible de Sidi-Saïd : les partis politiques. Créditée de 38,13% des suffrages lors du dernier vote sur les œuvres sociales, l’UGTA qui revendique quelque 1 875 000 adhérents, accuse certains partis de faire campagne contre elle.“Dans les attaques, il y a des arrière-pensées politiques pour demain (allusion aux prochaines échéances électorales). Ils veulent utiliser les œuvres sociales comme fonds de commerce”.   “Attention !” met-il en garde avant de rappeler l’épisode de l’ancien syndicat islamique du salut (SIT) du parti dissous au début des années 1990 autour de la question des œuvres sociales.De fil en aiguille, le patron de l’UGTA n’a pas manqué de stigmatiser ceux qui “par enchantement” présentent un gouvernent islamiste modéré comme une possible solution.    “Nous confortons les décisions de la réconciliation nationale, mais l’UGTA a payé un lourd tribut pour les valeurs démocratiques et sociales, comme toutes les autres franges de la société. On a perdu 657 martyrs, on ne peut pas oublier. On va participer à la paix mais dans le cadre des valeurs républicaines et démocratiques”, a-t-il dit.“L’UGTA est une pièce maîtresse de la stabilité. Nous disons à ces gens qui élaborent des stratégies pour faire de l’Algérie comme les autres pays arabes qu’ils se trompent. Les travailleurs disent non à l’ingérence, c’est nous qui déciderons de notre sort”, a-t-il encore affirmé. “S’il n’y avait pas eu un sursaut en 1992, on ne serait pas aujourd’hui ici. Ils avaient ouvert les portes à cette mouvance. Nous n’accepterons pas une recolonisation sous quelque forme que ce soit”, a-t-il rappelé.Karim Kebir

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rédaction nationale

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