Le secteur confié DE nouveau aux islamistes, Le tourisme algérien en jachère

Liberte; le Dimanche 17 Mai 2015
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L’indétrônable islamiste Amar Ghoul, après avoir occupé les ministères de la Pêche et des Ressources halieutiques, des Travaux publics et des Transports, prend les destinées du ministère du Tourisme. Une intrigante nomination à la tête d’un secteur considéré comme l’unique solution pour l’après-pétrole, à plus forte raison que Ghoul, tout au long de ses mandats ministériels, n’a pas brillé par une gestion irréprochable.
Il est même le ministre le plus controversé et des plus critiqués. Certains observateurs iront jusqu’ à noter que “son recul dans le rang protocolaire coïncide avec l’épilogue judiciaire de l’affaire de l’autoroute Est-Ouest”. Sa désignation est intervenue le jour de l’ouverture du Salon international du tourisme et des voyages au Palais des nations des Pins-Maritimes, provoquant la surprise générale et, surtout, l’indignation auprès d’un grand nombre de professionnels du secteur. “Confier à nouveau le tourisme aux islamistes prouve à quel point ce secteur est le mal-aimé des décideurs de ce pays”, nous a déclaré un voyagiste qui s’est montré plutôt pessimiste quant à l’avenir.
Le tourisme algérien, qui peine à trouver sa voie, se retrouve, encore une fois, à la croisée des chemins au moment même où les choix qui seront pris pèseront sur son avenir, notamment en ces temps de crise. “Le fait de recourir à ces nominations à des fins politiques et souvent hasardeuses met en péril l’avenir du tourisme qui devrait être vu comme une véritable industrie et non un refuge pour des ministres gênants avant de les pousser vers la sortie”, nous explique un expert du domaine visiblement courroucé de voir ainsi le secteur annexé à l’Aménagement du territoire et confié à Ghoul qui, selon des indiscrétions, n’en voulait même pas.
Triste réalité qui nous renvoie à l’époque de Zéroual, durant laquelle, le gouvernement avait concédé aux islamistes du MSP, du temps de feu Nahnah, les rênes du tourisme pour contrecarrer le FIS. Le gouvernement algérien est resté, depuis, prisonnier de ce deal. Les quatre tentatives de Bouteflika de vouloir renverser la vapeur ont été vaines, tant le choix des personnes n’obéissait à aucune logique à même de faire avancer le secteur. Les islamistes, quant à eux, ne sont intervenus fondamentalement que pour faire valoir un tourisme qui ne se manifeste pas dans les échanges avec les étrangers, privilégiant un tourisme culturel sélectif.

Du pain sur la planche :  les chantiers qui attendent Ghoul
Sur le plan du foncier, le département de Ghoul n’aura pas à intervenir dans la mesure où cette prérogative dépend depuis quelque temps des walis, seuls habilités à octroyer des concessions foncières pour des investissements touristiques.
Il lui reste, toutefois, d’importants dossiers, à l’image de la loi qui régit l’activité des voyagistes (actuellement obsolète) et met en place les instruments qui permettront à l’agent de voyage professionnel de s’attaquer au marché émetteur et de pouvoir, enfin, vendre la destination Algérie.
Cette même optique permettra aussi une décantation naturelle de manière à se débarrasser des non-professionnels qui gangrènent le marché. Pour cela, le ministre devra se montrer plus attentif que ses prédécesseurs et faire associer la Féderation et le syndicat des agences de voyages qui sont des gens de terrain et qui bénéficient d’un capital d’expérience précieux pour améliorer les choses. Le ministre aura, également, à impulser une nouvelle dynamique au privé et finir le projet de restructuration du parc hôtelier public.
Le ministre aura, aussi, à accorder une attention spéciale aux voyagistes du Sud et de l’extrême Sud qui vivent une situation des plus déplorables depuis déjà trois années. Le département de Ghoul devra se pencher aussi sur la mise en place d’un compte satellite (statistiques), dégager les moyens à même de redonner vie au SDAT et entamer une feuille de route tracée depuis 2008 à travers sa réactualisation et penser à trouver les financements nécessaires.

N. S.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Nabila Saidoun

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