Marché financier , L’Algérie en queue du peloton

Liberte; le Samedi 17 Decembre 2011
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Les premiers résultats de la phase d’évaluation du marché financier algérien, menée avec des experts internationaux et financée en partie par le Pnud, ont été présentés jeudi à Djenane El-Mithaq, faisant ressortir un état des lieux pas très reluisant. L’Algérie se situe en queue de peloton par rapport à ses voisins qui ont des Bourses plus performantes avec plus de sociétés et d’intervenants. Ce qui est un peu étonnant, puisque le PIB par habitant est plus élevé en Algérie. Cet état de léthargie dans lequel se trouve la Bourse d’Alger s’explique, selon les experts, par la présence de plusieurs contraintes, notamment la disparité qui existe entre l’offre très réduite et la très forte demande. Le rapport des experts pointe également du doigt l’absence de certains métiers, tels le trading, la tenue de marché et l’analyse financière. Le droit de préemption, la règle du 49/51, le régime fiscal, ce sont autant de contraintes citées par les experts pour l’introduction en Bourse en Algérie. Pour Georges Broché, expert international, le droit de préemption va retarder le processus. “Quelqu’un qui veut ouvrir son capital à un étranger via la Bourse va prendre quelques semaines ou quelques mois pour demander à l’État s’il fait ou non préemption. Donc ça va un peu retarder le processus.” Concernant la règle du 49/51, elle limite le champ pour tous les intervenants d’agir en Bourse. Les étrangers qui investissent en Bourse ne peuvent pas acheter parce qu’on va dépasser le 51%. L’étranger doit attendre qu’un autre étranger vende pour pouvoir acheter. Il y a aussi le règlement du change. “Comme étranger, je n’ai pas de dinars officiels. Je ne peux pas acheter d’actions. Et si jamais j’en achète quand même une, mes dividendes je ne peux pas les exporter. Si je revends mon action, je ne peux pas exporter le profit.” Selon les experts, l’Algérie a plein de forces.  Il y a une Bourse. Elle ne fonctionne pas comme souhaité mais elle fonctionne. Mais pour aller de l’avant, il faut, en premier lieu, trouver plus de sociétés à coter. Cela passe par l’ouverture du capital des sociétés publiques qui sont maintenant aux mains de l’État, donc augmenter le nombre des sociétés cotées et laisser participer plus directement le public. En deuxième lieu, créer des structures commerciales à l’intérieur des banques. Une structure commerciale auprès de la Bourse est aussi nécessaire pour aller chercher le client. “Ici en Algérie, on ne cherche pas le client, on attend qu’il vienne”, précise M. Broché.Réagissant aux résultats de cette phase d’évaluation, le président de la Cosob, Noureddine Smaïl, a précisé que “l’état des lieux qui a été fait, nous l’avons demandé, nous l’avons organisé et nous avons souhaité que des experts internationaux puissent se pencher sur l’état des lieux de la Bourse et du marché financier en Algérie pour justement nous conforter dans notre analyse”, ajoutant que “l’état des lieux nous le connaissons globalement. C’est pour cela que le gouvernement a décidé d’engager la réforme du marché financier”.Néanmoins, le président de la Cosob indique qu’il ne faut pas tirer le signal d’alarme. Le dispositif boursier, tel qu’il marche actuellement, tourne. Il n’y a aucune défaillance, et les opérations que nous avons réalisées ont été des opérations faites avec succès. “Nous reconnaissons effectivement que ce dispositif est un peu dépassé. C’était un dispositif de démarrage et cela fait 20 ans. La loi a été faite en 1993. Et nous sommes aujourd’hui en droit de dire que ce dispositif doit être revu, modernisé et mis au service du développement.” Pour le président de la Cosob, ce n’est pas normal que la Bourse tourne avec 3 titres depuis une décennie. Lorsqu’on fait la comparaison avec les marchés voisins ou émergents, c’est vraiment insignifiant. Faisant le constat qu’il n’y a pas de service d’investissement, M. Smaïl plaide pour la mise en place d’une industrie du titre. Le gros de la réforme, tel que c’est prévu, est, selon lui, de définir principalement un schéma d’organisation et de fonctionnement du marché financier dans lequel seront précisées les responsabilités de toutes les autorités, les responsabilités de tous les acteurs et les interfaces. “Ce n’est pas seulement l’affaire de la Cosob toute seule. Toutes les parties prenantes doivent être concernées.” La Bourse ne peut pas se développer sans l’implication et la mobilisation de cet environnement constitué de ce qu’on appelle les parties prenantes. Saïd Smati

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rédaction nationale

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