Me Medjhouda Merouane, Avocat de Moumen Khelifa, à Liberté, “Djellab doit rendre des comptes”

Liberte; le Lundi 18 Mai 2015
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Les anciens ministres Mourad Medelci, Karim Djoudi et Mohamed Terbèche seront réclamés à la barre par la défense de Khelifa. Le témoignage de Mohamed Djellab en sa qualité d’ex-administrateur de Khalifa Bank est capital, surtout depuis qu’il n’est plus ministre et n’a de ce fait plus d’obligation de réserve.

Liberté : Mohamed Djellab n’est plus membre du gouvernement depuis jeudi dernier.  La perte de sa qualité de ministre va-t-elle changer la donne lors de son éventuel passage devant le tribunal criminel près la cour de Blida en tant que témoin ?
Me Medjhouda Merouane : On avait une obligation de réserve en tant qu’avocat pour interroger un ministre d’État. Maintenant que son immunité en tant que ministre n’est plus à l’ordre du jour, on va poser toutes les questions qui s’imposent. Parce que c’est lui qui a pris les rênes de Khalifa Bank, deux jours après le départ de Moumen Khelifa en tant qu’administrateur. Normalement le rôle d’un administrateur n’est pas de liquider la banque, mais de trouver un juste équilibre pour lui permettre de continuer à travailler. D’autant qu’il y avait un directeur général à sa tête et toute l’organisation possible. On a la conviction qu’il y avait encore des dépôts d’argent quant Khelifa Moumen est parti. Pour preuve la dernière inspection de la Banque Centrale datant du 7 janvier 2003 qui dit texto qu’il y avait des dépôts de Khalifa Bank à la Banque Centrale de l’ordre de 97 millions de centimes. C’est Mohamed Djellab qui avait été désigné à l’époque, par la commission bancaire en tant qu’administrateur et c’est à lui de nous dire où sont allés tous ces dépôts ? Il doit absolument rendre des comptes. Il doit divulguer le contenu du rapport qu’il a laissé au liquidateur et les consignes. Pour déterminer qui de l’administrateur ou du liquidateur est coupable, on doit connaître les dessous de cette période obscure et se faire une idée précise.

Et si Djellab était maintenu en tant que ministre, qu’auriez-vous fait ?
On aurait posé des questions, mais il y aurait eu des limites.

Est-ce que c’est la loi qui définit ces limites à ne pas franchir quand il s’agit d’interroger un haut responsable de l’État ?
Non, ce sont des réserves de courtoisie.

Qui auraient été préjudiciables à Moumen Khelifa…
Certes.

Lors de son passage à la barre, Khelifa n’a pas cessé de répéter au magistrat que les comptes de la banque ne sont pas encore bouclés. Cela implique quoi ?
En tant que Moumen Khelifa, il a reçu une convocation, il y a de cela une vingtaine de jours, à son domicile familial pour se présenter chez le liquidateur mercredi prochain, le 20 mai. L’ordre du jour est la nomination des commissaires aux comptes qui sont partis depuis 2003. C’est ce qui est écrit dans la convocation. Cela veut dire qu’après le départ de l’administrateur Mohamed Djellab, le liquidateur a travaillé seul, sans commissaire aux comptes. Cela implique que toute la procédure de liquidation de la banque Khalifa est illégale et irrégulière. Le liquidateur a des comptes à rendre aux propriétaires et surtout à la commission bancaire.

Cette convocation intervient en plein procès. Pourquoi ?
C’est une lettre envoyée au domicile familial, alors que depuis 2003, il n’y a eu aucun contact. Moumen Khelifa était censé être destinataire de rapports annuels de l’état d’avancement de la liquidation. Rien de tout cela n’a été fait. Aujourd’hui, il y a une réaction dont on ignore l’objectif. La présence physique de Moumen Khelifa à cette rencontre n’est pas indispensable. On va mandater son frère ou un avocat pour y assister.

Quelles sont les personnalités que vous voulez appeler à la barre en tant que témoins ?
Le plus important pour nous en tant que défense de Khelifa, c’est, bien entendu, le témoignage de Djellab. Ensuite il y a tous les ex-ministres des Finances de “l’histoire” de Khalifa Bank. Il y a Karim Djoudi, Mohamed Terbèche et Mourad Medelci. Medelci était en poste quand la banque était encore opérationnelle. Et pourtant il ne lui a jamais reproché d’avoir violé la loi sur la monnaie et le crédit. L’ex-ministre des Finances, aujourd’hui président du Conseil constitutionnel, aurait pu ordonner à tout moment sa fermeture. Mais il ne l’a pas fait. C’est intéressant pour nous d’avoir son témoignage. On veut également poser des questions à Touati, ex-sous-directeur du gouverneur central, concernant l’annulation d’autorisation de commerce extérieur. La survie d’une banque, c’est le commerce extérieur. Sinon elle ne peut pas transférer l’argent à l’étranger. Les importateurs vont peu à peu la déserter. Cette décision prise en novembre 2002 a signé l’arrêt de mort de la banque. Il faut qu’il vienne nous dire pourquoi avoir pris une telle décision. D’autant que sur le plan du droit, la loi sur la monnaie et le crédit n’autorise pas la Banque Centrale à prendre une telle décision qui relève des prérogatives du ministres des Finances. Toutes ces personnes doivent nous éclairer sur les nombreuses questions restées en suspens dans cette affaire.

Quelle est votre appréciation sur le déroulement du procès ?
Le procès se déroule dans un seul sens. Dès le début de son audition, Moumen Khelifa a nié en bloc toutes les accusations portées à son encontre. Les accusés qui ont un lien direct avec lui, sont allés dans ce sens. La thèse des retraits en masse a été contredite en pleine audience. Les chefs d’agence et les caissiers ont tous affirmé que ces pratiques ne sont pas réelles.
Dès le quatrième jour du procès, on a reproché aux gens d’avoir déposé les fonds des entreprises au sein de Khalifa Bank et on les a poursuivis pour corruption parce qu’ils ont reçu des cartes de voyage et de thalassothérapie. Ce sont des mesures d’accompagnement, de la publicité pour la banque qui n’ont rien d’illégal.

On dit que Moumen Khelifa a conclu un deal pour disculper les personnalités citées dans cette affaire.
Il n’y a pas de noms à citer. C’est le pur produit de la presse. Toute notre stratégie de défense repose sur un fait : il y avait encore de l’argent dans les caisses après le départ de Khelifa et on va le démontrer.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Nissa Hammadi

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