Migrations en Afrique, Les experts planchent sur une stratégie de lutte

Liberte; le Mardi 4 Avril 2006
3

Une réunion d'experts africains sur la migration, venus d’une cinquantaine de pays, s'est ouverte hier à Alger, en présence du président de la commission de l'Union africaine (UA), M. Alpha Omar Konaré. Cette réunion, dont les travaux s’achèveront mercredi, et qui a drainé une forte participation, s’est ouverte par une allocution du ministre d'État, ministre des Affaires étrangères, M. Mohammed Bedjaoui. La réunion à laquelle prennent part des invités et observateurs de divers horizons, notamment des représentants des missions diplomatiques accréditées à Alger, et dont l’objet essentiel est de définir les grandes lignes d’“une stratégie africaine commune”, aura à plancher, conformément aux résolutions du dernier Sommet de l’Union africaine (UA) à Khartoum, au Soudan, sur un document élaboré par la commission de l’UA en vue de parvenir à une feuille de route sur la migration. Dans son allocution à l’ouverture des travaux, le ministre algérien des Affaires étrangères a estimé que la migration, qu’elle soit légale ou clandestine, se pose à l’Afrique comme “un défi de grande envergure”. À l’instar de l’Algérie, beaucoup de pays du continent sont devenus à la fois des pays d’origine, de transit et de destination des migrants et sont, de ce fait, “confrontés à de multiples problèmes humains, économiques, sociaux et sécuritaires”. De toutes les régions du monde, l’Afrique est à présent “la plus touchée” par ce phénomène, avec près de 17 millions de migrants africains sur le continent, soit environ 2% de la population totale, a encore fait savoir M. Bedjaoui. “Un Africain sur dix sera un migrant en 2025, si la tendance actuelle se maintient”, alors qu'à l'horizon 2050, “un habitant sur cinq dans le monde sera originaire de ce continent”. Des chiffres qui indiquent clairement que le phénomène de la migration doit impérativement être pris en charge en urgence. Les causes de cette migration en constante progression sont, selon le chef de la diplomatie algérienne, “la pauvreté, le chômage, l'absence de perspectives d'emploi, l'exode rural ainsi que les conflits armés, l'instabilité politique et, trop fréquemment encore, la mauvaise gouvernance”. Il a également évoqué la question de  l'exode des compétences par le biais de “l’immigration choisie ou sélective” prônée en Occident. Il s’agit là, selon lui, d’“une cause plutôt qu’une conséquence du sous-développement”, lequel sous-développement est à l’origine des migrations, notamment celles de nature clandestine.C’est à la fois “individuellement et collectivement” que les pays africains se doivent de faire face à ce phénomène, a encore préconisé M. Bedjaoui. De son côté, le président de la commission de l'UA, M. Alpha Omar Konaré, a rappelé que “plus de 25 000 diplômés, dans tous les domaines, quittent l'Afrique chaque année”. “Nous ne sommes pas contre la circulation (des personnes), qui est en soi quelque chose d'enrichissant, mais la réalité, aujourd'hui, c'est que l'Afrique, jadis privée de bras, est maintenant privée de cerveaux”, a-t-il ajouté. Cette “fuite des cerveaux” coûte à l’Afrique “plus de 4 milliards de dollars annuellement”, a encore indiqué M. Konaré. En adoptant des politiques qui incitent les scientifiques et les ingénieurs africains immigrés à s'établir durablement dans les pays développés, “on empêche le développement économique de l'Afrique”, a-t-il déploré dans une allusion aux pays occidentaux, et notamment européens qui expurgent l’Afrique de ses compétences pour se plaindre ensuite des conséquences sécuritaires de la migration clandestine. Lors d’un point de presse tenu en marge des travaux de la réunion qui se sont poursuivis à huis clos, M. Abdelkader Messahel, ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, a déclaré hier à Alger que l'Afrique ambitionne de se doter d'“une stratégie commune dans l'intérêt des migrants d'abord, des pays concernés ensuite et de la communauté internationale en général”. La dimension internationale, voire extra-africaine de ce phénomène trouvera son expression lors d’une prochaine réunion ministérielle UA-UE prévue avant la fin de l’année en cours.Saïd Chekri

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rédaction nationale

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..