PROJECTION DU FILM DOCUMENTAIRE “NATIONALE 1” DE HENRI-JACQUES BOURGEAS, Carnet de route d’une quête

Liberte; le Samedi 24 Mars 2012
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2 400 kilomètres de “ruban noir”, serpentent toute l’Algérie, du nord au sud. Un voyage qui ne se veut point touristique, mais qui pose une problématique : quel sens et quel rôle donner à cette route ?Un documentaire adapté du roman éponyme (sorti en 2007 aux éditions Casbah) de notre confrère Amari Chawki. Réalisé par Henri-Jacques Bourgeas en 2011, ce film, d’une durée de 52 minutes, a été projeté mercredi dernier à 18h30 à l’Institut français d’Alger, en présence de l’auteur.Comme son titre l’indique, Nationale 1 est en quelque sorte un voyage initiatique du réalisateur, et un pèlerinage de l’auteur qui a emprunté cette route (la plus longue d’Algérie et dans le monde) à maintes reprises quand il était jeune. Elle est la seule qui relie le Nord au Sud et vice-versa. Ce sont exactement 2 400 kilomètres qui seront traversés par l’équipe de tournage. À l’inverse du roman, qui a pour point de départ Alger, Henri-Jacques Bourgeas démarre son film à partir du Sud, plus précisément du poste-frontalier algéro-nigérien d’In Guezzam, là où le goudron flirte avec le sable, aux abords du Sahel, et qui prendra fin sur la Méditerranée… Différentes haltes seront marquées (In Ecker, marabout Moulay Hassan, Arak, In Salah, Ghardaïa, Laghouat, Médéa… Alger, dont le point commun n’est que cette Nationale 1), dévoilant la beauté et l’immensité de cette région désertique. Un lieu de communion, où l’être retrouve et recouvre sa paix intérieure. D’In Guezzam jusqu’à Alger, ce sont des kilomètres d’asphalte qui seront avalés. Cette Nationale 1, outre son cachet économique, en revêt un autre : celui de communication, car permettant de relier différentes localités isolées. Cette route, tel un serpent, constitue cette colonne vertébrale rattachant le Nord au Sud.Deux voix off, celle d’une femme lisant des extraits du roman d’Amari Chawki et celle d’un homme, le réalisateur, qui exprime ses impressions, ponctuent ce film documentaire qui est composé de plusieurs couches superposées des regards de l’auteur et du réalisateur. L’on y décèle des visions différentes qui se croisent ; mettant à nu une histoire enfouie dans le sable, celle de l’humanité, de l’homo sapiens… De belles images qui défilent, ouvrant la voie au rêve ! Nationale 1, au-delà de cette beauté cinématographique, pose la lancinante question de la modernité, son apport à ces régions, sa perception par les habitants… Comme l’a déclaré Amara Chawki lors du débat, “la modernité n’est pas que l’équipement .” Pour lui, cette route constitue “2 400 km de voie profanée, dédiée au trafic ". Car hormis servir de relais, de liaison, à quoi sert réellement cette RN qui, à partir d’une certaine heure (au moment du tournage en 2010), est fermée à la circulation car dangereuse la nuit ? Elle est censée montrer, voire véhiculer une dimension humaine. Cela se ressent avec Malika, cette femme originaire de Constantine que la destinée a amenée à s’installer seule au beau milieu du désert qui est traversé par cette route. D’ailleurs, l’auteur s’est inspiré de l’histoire de cette femme pour l’écriture d’une autre fiction : les Faiseurs de trous.Par ailleurs, le romancier a affirmé que le film n’a pas trahi son œuvre “mais demeure incomplet, car le livre aborde des problématiques plus diverses”, confie-t-il. Des problématiques qui aujourd’hui n’ont pas trouvé de solution.
A I

Categorie(s): culture

Auteur(s): Rédaction nationale

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