Reflet culturel, Jean Amrouche ou le bannissement de l’intellectuel

Liberte; le Mardi 6 Mars 2012
3

En même temps que la dynamique association culturelle d’Ighil Ali continue de réclamer le classement de la maison des Amrouche au rang de patrimoine, les citoyens s’apprêtent à ériger sur la place dudit village une statue en l’honneur de l’intellectuel et militant Jean El Mouhoub Amrouche. Mais le projet ne semble pas être du goût d’un groupe d’anciens maquisards de la région qui tente de s’y opposer. Nous nous posons la question de savoir pourquoi un homme d’une telle envergure n’a-t-il pas droit à un hommage combien mérité ? Si l’opposition au projet se rapporterait à la guerre de Libération nationale ou encore pour des considérations religieuses (Jean étant de confession chrétienne) alors nous rappellerons ici que Réda Malek, grand homme politique et ancien dirigeant au sein du GPRA, a témoigné à plusieurs reprises, notamment lors d’un colloque scientifique qui a été dédié à l’écrivain poète et intellectuel algérien à la Bibliothèque nationale en 2008 et que j’ai eu l’honneur de présider, que Jean a grandement servi la Révolution. En effet, dira-t-il, Jean Amrouche avait été chargé expressément par Abane Ramdane en personne, dès 1956, pour entreprendre des démarches auprès des autorités coloniales françaises en vue d’engager des négociations qui ont abouti à l’indépendance du pays en 1962 à Évian. Tout un reportage photo avait été alors présenté et où l’on voit Jean Amrouche en réunion aux côtés des dirigeants du GPRA à Tunis. Le même témoignage avait été aussi rapporté par l’historien Tahar Oussedik sur les ondes de la Chaîne II. Jean Lacouture, rédacteur diplomatique au journal le Monde, fera de même dans son ouvrage intitulé Algérie, la guerre est finie. Faut-il rappeler également que c’est Krim Belkacem, qui a procédé en 1962 à la “baptisation” de l’école d’Ighil Ali du nom de Jean Amrouche en reconnaissance à son apport inestimable à la Révolution. La cérémonie, organisée par Yahya Mesbah, s’est déroulée en présence de l’ambassadeur des Etats-Unis entre autres personnalités politiques et diplomatiques. Mais cette attitude d’opposition à honorer la mémoire de Jean Amrouche soulève encore une fois, hélas, la lancinante et cruciale question de la marginalisation historique de nos intellectuels par ceux qui s’autoproclament être les seuls acteurs de l’indépendance et les seuls dépositaires de la mémoire collective. Cette énième agression de la mémoire dévoile, si besoin est, l’insupportable prolongement de l’esprit étroit devenu, malheureusement, une culture qui s’acharne à bannir, à réduire et à diaboliser l’intellectuel dans notre pays. Cet héritage de la négation de l’intelligence continue, malheureusement, de faire l’affront aux intellectuels. Cette attitude peut expliquer en partie la raison pour laquelle la plupart d’entre eux quittent en masse le pays pour des contrées plus accueillantes et respectueuses. Un mal incurable, grave.
A. A.kocilnour@yahoo.fr

Categorie(s): culture

Auteur(s): Rédaction nationale

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..