YASMINA KHADRA RENCONTRE SES LECTEURS AU PALAIS DE LA CULTURE, “Je suis interpellé par mon époque”

Liberte; le Mardi 17 Avril 2012
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L’écrivain Yasmina Khadra, en tournée en Algérie à l’invitation des éditions Casbah, a animé avant-hier après-midi, au Palais de la culture Moufdi-Zakaria, une rencontre qu’il a voulue un débat ouvert avec le public. Un public que l’auteur des Chants cannibales a souhaité rencontrer pour discuter et échanger des idées : “Je ne suis pas venu faire la promotion d’un livre ; je suis venu à la rencontre des Algériens. Je viens parce que j’en ai besoin. Je vis dans une ville où il y a un combat contre moi, mais la guerre d’intello ne m’intéresse pas. Je sais que je suis soutenu par mon lectorat et c’est la moindre des corrections que d’aller à sa rencontre”. Il a toutefois exprimé, dès le départ, sa tristesse de voir une salle à moitié vide, renvoyant cela à un problème de communication et de médiatisation (tout en critiquant sévèrement la presse). Durant cette rencontre, Yasmina Khadra a évoqué son œuvre, les thèmes qui traversent son écriture, son besoin de diversifier les inflexions et le point de vue, son rapport à la lecture et l’incompréhension que suscite son personnage. Affirmant qu’il existe beaucoup “de clichés et de stéréotypes” autour de lui, l’auteur de Ce que le jour doit à la nuit, appuyé qu’il était à la fois facile d’accès et comme un livre ouvert. “Je suis un roman de jeunesse. Tout est clair, tout est parfaitement fluide”. L’auteur de L’équation africaine reviendra également sur la mégalomanie que certains lui reprochent, en estimant que “l’on croit que je suis dans la mégalomanie alors que je suis dans l’information. Cela avait commencé quand j’avais déclaré que j’étais traduit dans 17 langues. Que diraient-ils si je disais que je suis traduit maintenant dans 43 langues”. En réalité, “je suis l’écrivain le plus handicapé au monde : militaire, algérien…”. Le directeur du Centre culturel algérien de Paris s’est ensuite intéressé à son dernier-né, Les chants cannibales (éditions Casbah). Ce recueil de douze nouvelles rassemble des textes que Yasmina Khadra a écrits dans sa jeunesse et d’autres qu’il a écrits pour des organismes. La question d’une lectrice, venue expressément de Béchar, pour assister à sa rencontre – et qui lui avait reproché un certain “archaïsme” dans la langue – a permis à M. Khadra de s’exprimer sur la langue et de rappeler pourquoi il écrit. “Je ne crois pas que la langue soit archaïque ; elle s’appauvrit, mais elle est vivante”, a-t-il constaté. Il signalera que pour lui, “écrire ce n’est pas de mettre des mots sur une émotion, mais de mettre l’émotion sur des mots. J’écris avec ma sensibilité d’Algérien (métaphores, jeux de mots, etc.). Nous avons une façon singulière de concevoir le monde”. Et de lancer : “Je dis toujours qu’écrire c’est d’accoucher de soi-même au forceps. L’écriture est comme une grossesse nerveuse.” Yasmina Khadra a aussi brièvement abordé son passé dans l’Armée : “L’Armée est une institution aux antipodes de la vocation d’écriture”, avant de s’intéresser aux thèmes qui marquent son écriture, qu’il considère comme le reflet de notre temps : “Je suis interpellé par mon époque.” Sa manière de comprendre notre époque si complexe (marquée notamment, d’après lui, par une manipulation des médias qui ne font plus de l’information mais de l’opinion) est de s’effacer derrière ses personnages, et ce, en leur donnant la parole et en les écoutant. La dernière partie de cette rencontre a été marquée par un hommage qu’a rendu Yasmina Khadra à tous les écrivains algériens et au “génie algérien”, car pour lui, “les deux ennemis du talent sont l’indifférence et la complaisance”.
S K

Categorie(s): culture

Auteur(s): Rédaction nationale

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