Zohra Drif, “Non, je ne regrette rien !” (2/2)

Liberte; le Samedi 14 Avril 2012
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La prestation de la moudjahida est loin de constituer une surprise, du moins pour votre chroniqueur. Originaire de la Casbah éternelle, ami de l’homme de culture tlemcénien Sid Ahmed Bouali et de Abdelkader Drif avec qui je partage un amour insondable pour le Mouloudia Club d’Alger, je me suis toujours intéressé à la personnalité de celle qui fut injustement qualifiée de terroriste par l’un des bourreaux du peuple libyen. Celle qui sut en son temps rompre radicalement avec ce qu’elle avait de plus cher et le confort généreusement proposé par une famille aisée, me confiait non sans un pincement au cœur et une profonde amertume Sid Ahmed Bouali qui ne dissimulait pas pour autant sa fierté d’avoir connu une jeune femme déterminée à mener une lutte sans merci contre la France coloniale. Balayées les amours/ Et tous leurs trémolos/Balayés pour toujours/ Je repars à zéro. Zohra Drif ne regrette rien surtout à un moment où d’aucuns s’évertuent à enlever à la Révolution nationale son caractère juste et légitime. Une révolution qui a pourtant marqué l’histoire et servi d’exemple édifiant au mouvement de libération des peuples dominés. La bataille qu’elle mena à Marseille a été particulièrement appréciée par ses compatriotes installés des deux côtés de la rive. Elle n’est pas sans me rappeler sa remarquable apparition au Palais du Luxembourg, siège du Sénat français, à l’occasion de la célébration du 150e anniversaire de la libération de l’Emir Abdelkader par Napoléon III. De grands moments d’émotion qui ont scellé des retrouvailles tant attendues des deux côtés du bassin méditerranéen. L’Histoire dans toute sa splendeur aura rattrapé, le temps d’un colloque, de nombreuses idées reçues et démontré, à l’évidence, que tout pouvait être possible, s’agissant du raffermissement des rapports entre les peuples français et algérien. Admirable entre toutes, la geste altière de l’Emir est pour Zohra Drif d’un éclairage exemplaire. Non ! Rien de rien/ Non ! Je ne regrette rien/ Car ma vie, car mes joies/ Aujourd’hui, ça commence avec toi !  Elle l’est assurément, à la manière toute distinctive de l’homme d’exception qu’il s’est révélé être dans les moments de sa plus belle gloire, soutiendra-t-elle devant un parterre acquis. Comme dans ceux où il dut subir la suprême offense du parjure d’état et du long calvaire imposé par un sort adverse. Accoucheur de l’Histoire, celle d’un peuple rebelle à toute sujétion, autant qu’emblématique révélateur de ce que son pays rencontrait, dans toute leur plénitude, les conditions modernes d’un état-Nation, fera-t-elle remarquer. Pour la vice-présidente du Conseil de la nation, la commémoration d’un tel événement réinstalle subrepticement ses principaux acteurs au cœur d’une mémoire douloureuse, maintes fois refoulée sinon allègrement oblitérée. Cette mémoire qui, souligne cette héroïne de la Bataille d’Alger, nous poursuit de sa vindicte inassouvie pour n’avoir pas été admise à faire le deuil de ses mille et une meurtrissures, de ses brisures récurrentes et de ses béances toujours largement ouvertes sur ce besoin inextinguible d’une posture enfin apaisée à l’égard de notre passé tourmenté. Irrémédiablement installés dans cet entre-deux rives et pourtant sommés de décliner notre altérité, celle d’avant la meurtrissure ancestrale, souligne Zohra Drif, “nous sommes tout naturellement enclins à d’abord marquer notre territoire pour, ensuite dans la dignité retrouvée, aller à la rencontre de l’autre…” N’en déplaise à Bernard-Henri Levy dont les fantasmes surannés et sans lendemains viennent de se voir opposer, avec une farouche détermination, un vibrant Appel pour un manifeste contre la colonisation autrement…
A. M.zianide2@hotmail.com

Categorie(s): culture

Auteur(s): Rédaction nationale

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