À Ath Ahmed, le village natal de Da l’Hocine, ses tunnels secrets, et le cimetière de son repos éternel

Tsa; le Samedi 26 Decembre 2015
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Vendredi 25 décembre. À une semaine de l’enterrement de Hocine Aït Ahmed, un des plus importants dirigeants de la Révolution algérienne, sur la route menant, d’Aït Yahia, chef-lieu de la commune à Ath Ahmed, petit village de 200 âmes, la circulation est inhabituellement dense. À 17h, la placette principale du village est inaccessible aux véhicules. Elle s’apprête à abriter une réunion de tous les comités des villages de la commune en présence des autorités locales pour tracer, disent-ils, « une feuille de route des préparatifs ».
Village d’Aït Ahmed
Des préparatifs qui ont, à vrai dire, déjà débuté depuis jeudi avec notamment le nettoyage des routes. Au lieu-dit Tissirth Nechikh, à l’entrée du village, une aire de jeu est déjà aménagée pour permettre aux milliers de personnes attendues vendredi prochain, jour de l’enterrement, de se recueillir sur la dépouille du grand héros de la Révolution, le dernier des historiques.
Au centre du village, Boussad Aït Ahmed, dernier représentant de la famille encore demeurant dans ce village déshérité et quitté par la plupart de ses habitants, serre de manière quasi ininterrompue les mains de tous ceux qui viennent présenter leurs condoléances à la famille. Devant les dizaines de villageois qui l’entourent, Boussad, la cinquantaine, ancien vice-président de l’APC d’Aït Yahia, va de témoignages en anecdotes passant par des explications sur l’enterrement.
« Si L’Hocine avait émis pour vœux d’être enterré dans le village qui l’a vu naître, parmi les siens comme un humble villageois, et son village l’accueillera avec grande fierté car c’est un homme digne, un homme qui a toujours assumé sa responsabilité devant l’histoire, aussi bien lorsqu’il était question de lutter contre le colonialisme que lorsqu’il devait lutter pour la liberté et la démocratie. C’est un homme qui incarne la grandeur », explique-t-il. Avant d’enchaîner avec une anecdote : « Un jour, alors qu’il était hospitalisé, l’ex-président Zeroual lui rendant visite lui avait remis un grandiose bouquet de fleurs. Hocine Aït Ahmed avait alors chargé le directeur de l’hôpital de remettre les fleurs à n’importe quel autre malade qui n’avait pas reçu de visite ».
« C’est un grand homme qui n’a pas connu de répit, sa vie durant, qui n’a pas été laissé vivre l’indépendance de son pays comme il l’a rêvé avec ses compagnons de lutte dans le PPA/ MTLD, dans l’OS, dans l’ALN/FLN puis dans le FFS, il aura fallu qu’il s’éteigne pour qu’on reconnaisse en lui le grand homme qu’il était », enchaîne un « ancien » de 1963.
Les tunnels secrets d’Aït Ahmed enfin ouverts !
Tunnels secrets d’Aït Ahmed
Tenus secrets et fermés jusqu’à son décès conformément à ses volontés, les tunnels secrets du chef historique de la Révolution ont été ouverts jeudi. Certains de ces passages souterrains mesurent « plusieurs kilomètres », selon ses proches. « L’un d’eux conduit jusqu’à la rivière et l’autre donne sur la cuisine de la nouvelle bâtisse de Hocine Aït Ahmed », raconte un proche de la famille.
Tunnels secrets d’Aït Ahmed
Selon les témoignages recueillis, ces tunnels souterrains ont été réalisés par Chikh Mohand Oulhoucine. Ils ont servi lors de la révolte de 1871 puis aux soldats de l’ALN et une dernière fois en 1964 lorsqu’Aït Ahmed les a empruntés pour fuir les troupes de Ben Bella qui ont encerclé le village Ath Ahmed. « C’est à travers l’un de ces tunnels que l’opposant farouche à Ben Bella a pu s’enfuir avant de pouvoir rallier Ath Zellal où il a fini par être arrêté », raconte un vieux villageois.
Tunnels secrets d’Aït Ahmed
Tunnels secrets d’Aït Ahmed
Ath Ahmed à l’heure des préparatifs
Au moins 2 000 soldats seront déployés pour assurer la sécurité le jour de l’enterrement. Boussad Aït Ahmed dit comprendre une telle décision pour assurer la sécurité de toutes les délégations qui effectueront le déplacement. Mais « l’organisation, le service d’ordre et l’accueil des citoyens se feront par les habitants de la localité », précise-t-il.
« 400 à 500 jeunes seront mobilisés par les comités de villages pour assurer l’ordre le jour de l’enterrement », explique Djilali Benouamar, maire d’Aït Yahia, ajoutant : « La prise en charge des travaux, l’hébergement et la nourriture seront assurés par les services de la wilaya dont le chef de l’Exécutif, Brahim Merad, qui s’est rendu ce vendredi sur les lieux pour s’enquérir de la situation », ajoute-t-il.
À 18h, l’assemblée générale est entamée devant le mausolée de Chikh Mohand Oulhoucine. Parmi les décisions prises : les véhicules n’auront pas accès au village vendredi. Le transport des visiteurs sera effectué par des bus qui vont assurer la navette entre Aïn El Hammam et le village, a-t-il été décidé. 40 tentes seront installées tout au long du chemin pour servir de l’eau et permettre aux visiteurs de se reposer.
Mausolée de Chikh Mohand Oulhoucine grand-père d’Aït Ahmed
À la tombée de la nuit, les villageois veillent toujours au grain. Qui pour nettoyer, qui pour vider le contenu des camions qui arrivent par intermittence, qui pour désherber le cimetière du village où se reposera pour l’éternité Hocine Aït Ahmed, ce grand chef révolutionnaire, dont la grandeur fait l’unanimité.
Le cimetière où sera enterré Aït Ahmed (à 500 mètres du village)

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Imene Brahimi

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