À propos de la crise, de la Loi de finances et de Bouteflika : et si on disait les choses franchement ?

Tsa; le Mercredi 23 Decembre 2015
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L’année 2015 se termine donc dans l’anxiété, l’amnésie et une espèce d’hypocrisie dans laquelle se réfugie un peu tout le monde. On a la désagréable impression que personne ne veut regarder les choses en face, à lire la lettre de ces braves députés au président Bouteflika, lui demandant de ne pas signer la Loi de finances « antisociale, antidémocratique et antinationale » disent-ils, précisant, à l’endroit du chef de l’État que ce texte est l’œuvre des lobbies qui se sont infiltrés dans les institutions de l’État et qui auraient utilisé des méthodes antidémocratiques et anticonstitutionnelles utilisées pour imposer ce projet de Loi de finances à la Nation.
« Nous avons dans le détail expliqué comment les responsables de l’APN ont enfreint le règlement intérieur, notamment la loi organique 02-99 dont est inspiré le règlement intérieur, pour faire passer la Loi de finances 2016 », note l’un des signataires.
Ainsi donc, nos parlementaires ont entrepris de demander à un homme qui a, durant toute sa carrière, fait usage de « méthodes antidémocratiques et anticonstitutionnelles » pour arriver au pouvoir et, surtout, s’y maintenir, de s’opposer à un texte législatif sous le prétexte qu’il résultait de procédés que lui-même a toujours mis en œuvre. Et avec panache, si on se réfère au guignolesque épisode de « la justice de la nuit » pour disqualifier Ali Benflis de la présidentielle de 2004 ou, plus récemment, pour imposer Saâdani à la tête du FLN, en faisant désavouer publiquement le Conseil d’État, autorité judiciaire suprême, par une simple chambre administrative.
Aussi, prétendre « sensibiliser » ce président sur le sort fait à la Constitution, revient-il à oublier que Bouteflika n’attache aucun respect au texte fondamental du pays comme d’ailleurs à toute la batterie de lois et décisions votées durant sa « traversée du désert ». Avons-nous oublié que c’est cet homme-là qui a remanié la Constitution de 1996 pour rétablir le pouvoir à vie ?
Mme Bitat a raison de rappeler que cette Constitution-là, née au cœur d’une époque terrible qui a coûté au pays des milliers de morts, est le fruit d’un « effort colossal de reconstruction nationale et patriotique ». En ces années 1995-1998, l’Algérie se remettait debout, la société retrouvait confiance en elle-même après avoir bravé le GIA et élu massivement le général Liamine Zéroual malgré les mises en garde de l’organisation terroriste qui menaçait de s’en prendre aux citoyens qui se rendraient aux urnes. C’était le temps où Zéroual refusait de serrer la main de Chirac, au siège de l’ONU, après des propos du président français jugés inconvenants par l’Algérie. L’État, en dépit de tout, n’avait pas capitulé devant l’islamisme comme le recommandait la plateforme de Sant Egidio.
C’est cette Algérie renaissante, qui se remettait en mouvement, qu’il a fallu briser. La démission de Zéroual et l’élection de Bouteflika apparaissent aujourd’hui de plus en plus nettement comme le résultat d’une conspiration mijotée à l’intérieur et à l’extérieur par des groupes de pression qui voulaient avoir LEUR président. Bouteflika ne gouverne pas. Il exerce le pouvoir. Ça lui suffit. Il a démantelé l’État zéroualien qu’il avait trouvé sans réussir à le remplacer par un autre. Toute la politique de Bouteflika consiste à se mettre au service des forces qui l’ont aidé à revenir au pouvoir, parmi lesquelles les barons de l’informel, la pègre pétrolière internationale, des monarchies arabes et des capitales occidentales.
Cet homme est conscient de tout ce qui se déroule aujourd’hui sur la scène nationale. Il n’est nul besoin, messieurs les députés, de lui rappeler dans une lettre, que des lobbies siphonnent les recettes de l’État et noyautent les institutions nationales. Il a été élu pour ça. Bouteflika va signer la Loi de finances dont il n’ignore rien. Il faut cesser de solliciter son arbitrage pour des catastrophes dont il est comptable (1). Réfléchissons plutôt à reconstituer une terre qui part en lambeaux.
(1) La prochaine chronique portera sur la responsabilité de Bouteflika dans la crise économique qui étrangle l’Algérie aujourd’hui.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Mohamed Benchicou

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