Abderrezak Mokri, président du MSP : « Les clans se disputent le pouvoir et l’après Bouteflika » 

Tsa; le Vendredi 18 Decembre 2015
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Comment expliquez-vous les réactions que continue de susciter la lettre du général Toufik ?
Le général Toufik était une personnalité très importante au sein du pouvoir. C’était un décideur qui avait un poids énorme lui permettant d’influencer le cours des événements en Algérie. Les Algériens ne s’attendaient pas à ce changement subit des rapports de force. Il est quand même assez étonnant de voir quelqu’un, qui n’a pas parlé pendant 25 ans, s’adresser à l’opinion publique à travers une lettre où il se présente comme quelqu’un de faible qui ne trouve pas d’autres moyens pour réconforter son ami (le général Hassan).
Qu’en est-il des réactions au sein de la classe politique notamment celle du vice-président de l’APN, Baha Eddine Tliba ?
Ce sont les nouveaux maîtres du FLN ! On sait que certains appartenaient à d’autres courants politiques tandis que d’autres n’avaient pas d’intérêt pour la politique. Je rappelle que M. Djemei, par exemple, était le président du groupe des indépendants. Ces personnes sont arrivées au FLN, avec de l’argent et non par leur militantisme, pour servir leurs intérêts. Elles ont réussi à changer le parcours idéologique du FLN.
Pensez-vous toujours que cette déclaration du général Toufik est banale ?
Cette lettre ne nous concerne pas du tout. Le général Toufik était un décideur et l’un des premiers responsables de ce qui s’est passé en Algérie. Il était parmi ceux qui ont fait revenir Abdelaziz Bouteflika et il était responsable du fait que Cheikh Nahnah n’a pas été candidat en 1999. Lorsqu’on parle de l’armée, on parle des services de sécurité de l’armée. J’ajoute que le général Toufik s’était même accaparé plus de pouvoirs que ses prédécesseurs.
Qu’est ce qui a changé ou ce qui va changer après son départ ?
Le général Toufik est parti au moment où l’État algérien est arrivé à une situation de déliquescence. Aujourd’hui, nous avons des forces occultes qui travaillent dans l’ombre et qui prennent des décisions en dehors des institutions de façon non-démocratique. Aujourd’hui, l’argent sale exerce une mainmise sur l’Algérie en coopération avec des forces étrangères. Je vous signale que c’est la première fois qu’on entend les ambassadeurs de la France et des États-Unis dire que les rapports entre leurs pays et le nôtre sont dans leurs meilleurs états depuis l’indépendance. En fait, ils se servent comme ils le veulent. Donc avec ou sans le général Toufik, l’Algérie s’est engagée dans une crise économique et politique très grave.
Vous partagez donc l’analyse faite par Louisa Hanoune ?
On n’est pas d’accord sur l’analyse de la situation. D’abord, certains partis politiques et pas seulement Louisa Hanoune, estiment que le président de la République n’est pas responsable (de la situation). Au MSP, nous disons qu’il est le premier responsable. Tout le monde sait que le Président ne gouverne pas. Ce n’est pas parce qu’on nous le montre à la télévision pour un conseil restreint ou accueillant des ambassadeurs qu’il gouverne ! Le Président est dans la situation d’un malade qui a fait un double AVC. Il ne peut pas gouverner. Les clans se disputent donc le pouvoir et l’après Bouteflika.
Vous avez lancé un défi à Saâdani…
Nous n’avons pas lancé un défi seulement à Saâdani mais à tous ceux qui veulent s’accaparer la légitimité populaire. Nous leur disons : ayez le courage et installez une instance indépendante pour la gestion des élections si vous êtes sûrs que vous allez gagner et si vous estimez que vous n’êtes pas majoritaires grâce à la fraude électorale.
Vous assumez une partie de la responsabilité concernant la situation actuelle du pays, selon M. Saâdani puisque vous avez fait partie des différents gouvernements depuis 1995 jusqu’en 2012…
Il faut que je rappelle à M. Saâdani que nous nous sommes portés volontaires pour soutenir les institutions qui allaient s’effondrer. À ce moment-là, le FLN avait rejoint l’opposition ! Nous avions intégré le gouvernement au moment où l’Etat était pauvre et ses caisses étaient vides. Nous en avons payé le prix. 400 cadres et militants du parti ont été assassinés. Nous avons quitté à un moment où l’État était riche et la stabilité acquise. Le MSP a décidé de quitter le gouvernement de son propre gré. Le pouvoir était déçu et ne voulait pas qu’on quitte. Jusqu’à maintenant, il nous appelle à revenir au gouvernement !

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Hadjer Guenanfa

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