Après les Grecs et les Portugais, les Espagnols disent non à l’austérité imposée par l’Europe

Tsa; le Mardi 22 Decembre 2015
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Les élections parlementaires espagnoles du 20 décembre inquiètent quelque peu Bruxelles. Ce scrutin à un tour a mis fin au bipartisme qui régnait sur le pays depuis la disparition du franquisme. Le Parti Populaire de droite, sortant, ne dispose plus que de 123 sièges sur 350. Le PSOE (socialiste), l’alternance traditionnelle et qui dominait largement l’opposition de gauche, n’a obtenu que 90 sièges.
Deux nouveaux partis, tous deux dirigés par des trentenaires, viennent troubler le jeu politique traditionnel : le parti Podemos conduit par Pablo Iglesias (69 sièges) et le parti de centre-droit, Ciudadanos, conduit par Albert Rivera (40 sièges). Ce qui inquiète quelque peu les instances européennes car ni le PP ni le PSOE ne trouveront facilement de majorité. Des alliances seront nécessaires avec au cœur des débats, des exigences et des compromis, l’austérité largement imposée par Bruxelles.
Sur ce dossier, le PP et PSOE, qui se sont régulièrement partagé l’Exécutif espagnol, ne se sont pas jusqu’ici clairement différenciés, sauf sur des éléments de langage. L’un et l’autre ont accepté l’austérité imposée dans le cadre de l’Union européenne et de l’euro : économies dans les dépenses, notamment publiques, libéralisation de la réglementation du travail, accroissement des impôts et incapacité à contenir un chômage croissant.
La crise de 2008 – 2010 a accéléré la dégradation économique. Difficultés du secteur bancaire, effondrement de l’immobilier et surtout aggravation massive du nombre des chômeurs : un jeune sur deux est sans emploi.  Le PP et le PSOE n’ont rien à proposer à l’Espagne qui soit différent de ce qu’ils ont fait jusqu’ici et de ce que font tous leurs homologues au sein de l’Union européenne, notamment le PS ou Les Républicains en France.
 
Bruxelles s’inquiète
« Rien… Le Parti socialiste français et Les Républicains n’avaient rien à dire hier, des élections espagnoles, au moins sur leurs sites », note le journal français L’Alsace. En Europe, deux Premiers ministres se sont cependant exprimés : « L’austérité a été politiquement défaite en Espagne », s’est réjoui le Grec Alexis Tsipras ; les Espagnols ont sanctionné « une politique myope de rigueur et d’austérité », a ajouté l’Italien Matteo Renzi.
Ailleurs, la prudence dominait, jusqu’à la Commission européenne qui a juste souhaité à l’Espagne « un gouvernement stable ». Car Bruxelles s’inquiète : « Il appartient aux autorités espagnoles de voir comment l’Espagne arrivera à se doter d’un gouvernement stable qui puisse jouer tout son rôle en Europe», a averti le président de l’Exécutif européen, Jean-Claude Juncker. « Notre message à l’Europe est clair. La souveraineté est la priorité pour nous en termes d’organisation du système politique », a semblé lui rétorquer Pablo Iglesias, le leader de Podemos, lors d’une conférence de presse à Madrid.
Nouvelle coalition au Portugal
Au Portugal, le 24 novembre dernier, 53 jours après les élections législatives du 4 octobre, le nouveau Premier ministre, Antonio Costa a été enfin nommé à la tête d’une coalition de gauche. Le socialiste Antonio Costa compte mettre en place « une alternative à la spirale de l’austérité qui n’a fait qu’aggraver les problèmes économiques, sociaux et même budgétaires ». Mais, a-t-il ajouté, cette alternative sera « réaliste et prudente ».
Dans tous les cas de figure, l’échec de Syriza en Grèce n’a pas agi comme le souhaitaient les responsables européens. Cet été, leur volonté affichée de « mater » Alexis Tsipras et ces Grecs indisciplinés n’a pas évité que le Portugal puis l’Espagne prennent électoralement leur distance avec l’austérité prônée, voire imposée par Bruxelles.
La Commission européenne ne peut pas rester indifférente à cette expression populaire.
D’autant qu’à l’ouest de l’Union européenne existe toujours une autre menace, le Grexit : la sortie de l’UE par référendum de la Grande Bretagne. Promis par David Camerone, le scrutin aura lieu en juin. Selon un sondage pour « The Independent » paru fin novembre, 52% des Britanniques sont favorables à une sortie de l’UE contre 48% qui souhaitent y rester.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Pierre Morville, à Paris

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