Bouchouareb répond à ses détracteurs, explique la stratégie du gouvernement

Tsa; le Dimanche 27 Decembre 2015
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Dans un entretien accordé au quotidien L’Expression, ce dimanche 27 décembre, le ministre de l’Industrie et des mines, Abdeslam Bouchouareb évoque la stratégique du gouvernement, parle des dossiers « chauds » du moment et répond à ses détracteurs.
« Réformer dérange beaucoup d’intérêts »
Le ministre affiche, dans un rare exercice de pédagogie, la volonté du gouvernement à réformer l’économie nationale : « La société et le gouvernement veulent sortir de ce tête à tête avec la rente [pétrolière, NDLR] », explique-t-il. M. Bouchouareb dit faire face à des « mentalités définitivement fossilisées » et ajoute que « réformer dérange beaucoup d’intérêts et provoque des résistances au changement ».
Stratégie des groupes industriels et article 66 sur les privatisations
Le ministre rappelle la nouvelle configuration du secteur industriel public : son département a procédé à la création de 12 groupes industriels, à travers une « nouvelle configuration des grands groupes industriels capables de synergies ». Comme atout pour la réussite de cette stratégie, Bouchouareb affirme que « nous avons mis tous les moyens à la disposition des nouveaux groupes, à commencer par les plans de développement, l’alignement de la rémunération des managers, la dépénalisation de l’acte de gestion et l’indépendance de décision vis-à-vis de la tutelle. Nous les avons libérés aussi du Code des marchés publics ».  Le même prévient, qu’en échange, il attend « des performances et de la compétitivité », faute de quoi, il se montrera « intransigeant ».
Dans le même temps, le ministre en profite pour revenir sur la question des privatisations des entreprises publiques, permises par l’article 66 de la LF 2016. Il récuse d’ailleurs le terme de privatisation qui « n’existe plus dans notre législation », selon lui, et préfère parler « d’ouverture de capital ».
Fidèle au discours de la majorité, Bouchouareb rappelle que cette mesure est une transposition de l’article 62 de la LF 2009, votée par ceux qui protestent contre l’article 66. Cette transposition est venue empêcher la cession totale d’une entreprise publique, telle que prévue par la Loi de 2001 sur la privatisation, explique le ministre.
Dans le même temps, le ministre critique à demi-mot les privatisations conduites avant 2009. Il dit avoir demandé un « blian exhaustif » et qu’il n’hésitera pas « à remettre chaque repreneur devant ses responsabilités ».
Enfin, Bouchouareb précise qu’il faut un délai de 5 ans et l’accord du Conseil des participations de l’État (CPE) et donc du Premier ministre, pour céder l’intégralité d’une EPE. Il conclut en affirmant « qu’indépendamment du détenteur de capital, l’important c’est la valeur ajoutée créée ».
Industrie automobile, textile, minière… Quelle stratégie du gouvernement ?
En ce qui concerne le secteur industriel, Abdeslam Bouchouareb estime que l’Algérie a mis en place « une base mécanique (…) très riche et variée sur le territoire national ». Ne voulant pas se réduire aux projets de Renault et Peugeot dans l’industrie automobile, il évoque les futures usines d’Iveco, Fiat, Hyundai pour du montage de camions. Mieux, Bouchouareb parle de l’installation prochaine du japonais Nissan ainsi que d’un intérêt de l’allemand Volkswagen « sous une forme à déterminer ».
Le ministre évoque le chiffre de 200 000 voitures montées en Algérie d’ici 2 ans. Par ailleurs, la stratégie du gouvernement exposée par le M. Bouchouareb consiste à développer l’ensemble de la filière et un « élargissement des compétences » avec, comme objectif final, de développer « l’intégration et l’export ». À cet effet, Abdeslam Bouchouareb affirme avoir « exigé de nos partenaires plus d’intégration ».
Dans le domaine de la mécanique, au sens large du terme, Bouchouareb cite les exemples de Mercedes Benz, Deutz, ZF, Liebehrr, Sampo ou Massey & Ferguson qui activent dans les domaines des machines agricoles et autres engins industriels (tracteurs, camions, bus, moissonneuses-batteuses…). Le ministre insiste sur une « politique d’intégration très importante », avec des taux de plus de 40% hors automobile, précise-t-il. Le gouvernement veut atteindre des taux de 65% à 70% pour certains segments, détaille la même source.
En termes de résultat du secteur public, jugé « à la traîne », le ministre rétorque : « Détrompez-vous. Au premier semestre, le secteur public industriel a enregistré une croissance de 5,7% et le secteur minier 5,9%. Il peut faire encore mieux car nous avons mis tous les moyens à la disposition des nouveaux groupes ».
Subventions directes et indirectes : au moins 3 340 milliards de dinars
Par ailleurs, le ministre de l’Industrie donne des chiffres détaillés des subventions directes et indirectes supportées par l’État. En effet, l’Algérie dépense donc 1840,5 milliards (près de 10% du PIB) en subventions directes. Cette somme est allouée aux « soutiens à l’habitat, à l’éducation, à la santé publique et aux familles comme les subventions des prix des produits de base à l’instar des céréales, du lait, du sucre et de l’huile », précise Bouchouareb.
Dans le même temps, ce dernier donne également les chiffres des subventions indirectes, qui sont « de l’ordre de 1500 milliards de dinars ». Le gouvernement consacrera, en 2016, pas moins de 630 milliards au soutien indirect des prix du carburant, 750 milliards pour le gaz naturel et 154 milliards pour « l’équilibre de la Sonelgaz » [électricité, NDLR].
Polémiques autour de la Loi de finances : « une entreprise de déstabilisation »
 Au sujet de la polémique et des débats houleux suscités par la Loi de finances pour 2016, en plus des « accusations à son encontre de « servir l’oligarchie », le ministre de l’Industrie et des Mines se veut imperturbable : « Zéro impact », répond-il.
« Toute cette agitation (…) n’est pour moi qu’une entreprise de déstabilisation de l’équipe gouvernementale à laquelle j’appartiens », poursuit-il. Selon Bouchouareb, « tout est prétexte pour s’attaquer au gouvernement ». Au sujet de l’inconstitutionnalité prétendue de certaines décisions, le ministre affirme que ce sont des accusations gravissimes » et invite l’opposition à « savoir raison garder ». Il dit ne pas vouloir « alimenter des polémiques stériles ».

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Tewfik Abdelbari

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