Cette start-up qui croit à une « maîtrise du cancer dans cinq à dix ans »

Tsa; le Jeudi 17 Decembre 2015
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Sophia Genetics, une start-up suisse, est en passe de devenir le numéro 1 de la médecine de précision. En travaillant en collaboration avec des hôpitaux, elle développe des solutions pour prévenir les développements de cancers en les détectant le plus tôt possible à l’aide d’algorithmes afin qu’ils puissent être traités plus efficacement.
« Grâce au séquençage ADN, il sera possible de comprendre le cancer et de cibler la thérapie. Détecter un cancer tôt permettra de le suivre tôt. Je suis convaincu que dans cinq à dix ans le cancer sera une maladie maîtrisée. »

Derrière ces propos, se cache Jurgi Camblong, le PDG et fondateur basque de Sophia Genetics, une start-up suisse, leader dans le secteur des données médicales dans son pays. Cette jeune pousse, entre biotech et entreprise numérique, a été créée en 2011. Elle a notamment pour vocation de prévenir l’arrivée de maladies comme le cancer en décelant qui est le plus susceptible d’en développer un via des séquençages d’ADN.
Des algorithmes pour identifier les particularités de chaque patient
Pour ce faire, elle propose une plateforme Sophia DDM, à des hôpitaux. Ces derniers produisent dans leurs laboratoires l’information génomique de leurs patients par séquençage ADN, puis soumettent ces données aux algorithmes de Sophia Genetics. Ainsi, ils peuvent récupérer et caractériser les altérations génomiques propres à chaque patient. Cela est valable pour une trentaine de maladies du génome, qui vont des cancers déclarés aux prédispositions héréditaires, telles certaines maladies cardiaques ou pédiatriques.
« Grâce à cette technologie pour analyser l’ADN en profondeur, on peut détecter le développement d’un cancer en analysant le sang », détaille Jurgi Camblong. »Cela permet également de suivre l’efficacité du traitement », fait-il valoir à La Tribune.
Néanmoins, si le marché offre de belles promesses –seulement 2% des patients atteints du cancer ont eu leur gène séquencé-, il n’y pas de miracle pour le moment. « La technologie n’est pas mature », admet le PDG basque.
« On a atteint 5% des capacités d’utilisation de ces technologies dans les cancers héréditaires ou dans les cardiomyopathies. Nous devons nous consolider. »
Pour ce faire, la société s’appuie sur une progression fulgurante. À la mi-mai 2015, 52 hôpitaux et autres établissements de santé utilisaient sa plateforme Sophia DDM. Désormais, ils sont 106, dans une vingtaine de pays notamment en France et en Espagne. Sophia Genetics en attend 110 à la fin de l’année. Résultat : son chiffre d’affaires « a connu une croissance de 400% sur un an ».
Numéro 1 en 2016 ?
La start-up s’attend même à devenir numéro 1 mondial de la médecine de précision en 2016. Depuis son lancement en avril 2014, la plate-forme Sophia DDM a facilité le diagnostic de plus de 25 000 patients en Europe. C’est moins que ce qui a été réalisé par son principal concurrent, l’Américain Foundation Medecine, qui s’attend à réaliser environ 33 000 diagnostics pour cette année. Mais grâce à cette arrivée de nouveaux clients, Sophia Genetics prévoit 80 000 diagnostics en 2016.
Foundation Medecine ne fournit, lui, pas d’estimation pour l’année prochaine et a enregistré des chiffres moins bons que prévu au troisième trimestre avec des pertes nettes importantes et une croissance de seulement 25% sur le nombre de tests cliniques réalisés sur un an, ce qui semble donner l’avantage à Sophia Genetics pour le futur.
Pour Jurgi Camblong, le modèle de la société américaine s’essouffle. Foundation Medecine se retrouverait en concurrence avec les établissements de santé car « les hôpitaux et laboratoires, qui envoyaient auparavant à cette entreprise des échantillons de patients en vue d’un séquençage ADN pour une aide au diagnostic, sont aujourd’hui eux-mêmes équipés de séquenceurs ADN de nouvelle génération et s’échangent les données », explique-t-il dans une tribune publiée dans Les Échos. Sophia Genetics assure éviter ce piège en misant sur l’économie du partage.
« Nous sommes dans un modèle de communauté de type crowdsourcing. Dès qu’un hôpital adopte notre technologie, les volumes augmentent dans ce dernier et aussi dans notre système. Les données du premier hôpital bénéficient au deuxième : le savoir est partagé et ainsi de suite. »
Sophia Genetics assure ainsi avoir développé « la plus grande communauté de génomique clinique au monde pour le diagnostic moléculaire ».
Investisseurs de renom
Par ailleurs, la start-up suisse a gagné la confiance d’investisseurs de renom du monde de la pharmacie et du numérique. Après Mike Lynch (Invoke Capital) qui a investi en début d’année, un second milliardaire européen est venu le 15 décembre appuyer la croissance de Sophia Genetics. Il s’agit de Marc Coucke, fondateur d’Omega Pharma en 1987. Sophia Genetics a ainsi levé 15 millions de dollars de fonds, qui serviront à améliorer la plateforme technologique Sophia DDM en élargissant la gamme de test auprès de ce dernier.
« Au-delà de l’argent, c’est une reconnaissance incroyable. Mark Coucke fait partie des dix entrepreneurs qui sont partis de rien et qui ont connu le plus de succès en Europe, ces dix dernières années, dans les technologies et les sciences de la vie. Nous bénéficierons de l’expérience apportés par ce dernier », assure Jurgi Camblong.
Sophia Genetics se dit plus fort que Watson
Face à la concurrence, la start-up suisse assure disposer de suffisamment d’avance pour le moment.. Y compris sur le super ordinateur Watson, le système d’intelligence artificielle d’IBM, qui est capable d’analyser en quelques secondes des quantités massives de données.
« Sophia Genetics est déjà capable techniquement de faire ce que fait Watson, en termes d’algorithmique et de machine learning. À cet égard, elle bénéficie notamment via Mike Lynch de l’expertise de professionnels qui étaient auparavant chez Autonomy (entreprise technologique éditrice de logiciels). »

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Categorie(s): société

Auteur(s): Par Jean-Yves Paillé / en partenariat avec La Tribune.fr

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