COP 21 : un accord historique 

Tsa; le Dimanche 13 Decembre 2015
40166

« Je n’entends pas d’objection (…) je déclare l’accord de Paris pour le climat adopté », a déclaré, très ému, Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères et président de la 21e conférence climat de l’ONU (COP21), en abattant son maillet sur le pupitre de la tribune.
L’ensemble des délégations ont alors salué par une ovation de plusieurs minutes la réussite de la conférence de Paris, faisant oublier les hésitations, errements et échecs des vingt COP précédentes. Rarement, sur une question majeure concernant le destin commun, une conférence internationale associant 195 pays n’avait réuni un tel consensus.
Certes, ce n’est que le début du chemin mais la Conférence de Paris scelle trois points d’accords majeurs :

+ 2°, + 1,5° si possible : l’ensemble des pays se sont mis d’accord pour limiter l’augmentation de la température de la planète à pas plus de 2 degrés et même « bien en deçà de 2°» précise le texte, citant même l’objectif d’1,5°.

L’objectif parait d’autant plus ambitieux que la trajectoire réelle actuelle de l’augmentation de la température terrestre se situe plutôt entre 3 et 3,5 degrés supplémentaires. Mais il est vrai que les premiers signes du dérèglement climatique déjà enregistrés ont sérieusement marqué les esprits : sécheresses, désertification, cyclones, inondations, élévation du niveau des mers…

Une solidarité des pays riches aux pays pauvres : les pays développés devront verser 100 milliards de dollars aux pays en voie de développement (ce que la délégation américaine aurait longuement contesté), afin de les aider à faire face aux conséquences du dérèglement climatique. Les nations s’engagent donc à des « responsabilités communes mais différenciées » : les sociétés occidentales, responsables historiques de la pollution climatique, sont ainsi plus engagés que les Brics, « nouveaux pollueurs » : Les pays du Nord doivent « assumer plus de responsabilités » car les pays en voie de développement doivent être « autorisés à se développer », avait insisté le Premier ministre indien Narendra Modi lors des négociations.

Le principe d’un rendez-vous mondial tous les cinq ans pour juger des résultats des mesures entreprises et fixer des objectifs à chaque fois plus ambitieux. Ce 3e volet est nécessairement plus flou et les négociateurs ont renoncé à chiffrer l’effort alors que les précédentes moutures de l’accord parlaient d’une réduction d’émission des gaz à effet de serre, de 40 à 70% d’ici 2050.

Un diable caché dans une jungle de détails
Le pacte, qui entrera en vigueur en 2020, doit permettre de réorienter l’économie mondiale vers un modèle à bas carbone. C’est à dire un abandon progressif des ressources fossiles (charbon, pétrole, gaz), qui dominent largement la production énergétique mondiale, un essor des énergies renouvelables, d’immenses économies d’énergies ou encore une protection accrue des forêts.
Bien évidemment, le diable se cache dans une jungle de détails et le texte adopté comporte de multiples omissions qui peuvent devenir autant d’impasses. L’accord n’est ainsi pas vraiment contraignant. Il ne se constituera pas d’instance de justice internationale concernant les dérives climatiques et il reviendra à chaque gouvernement d’honorer ses promesses.
L’effort le plus difficile revient aux pays les plus pauvres et à ce jour, de loin les moins pollueurs : convaincre ces derniers d’abandonner les énergies fossiles, d’arrêter la déforestation, de limiter les pêches ne peut se faire que si les engagements d’aides financières à leur égard sont réellement tenues.
Il est évident qu’une nouvelle crise économique, à l’image de celle qui a secoué la finance internationale en 2008 / 2009, ferait resurgir avec force tous les égoïsmes nationaux et rendrait vaines les promesses du traité.
« L’histoire jugera le résultat non pas sur la base de l’accord d’aujourd’hui, mais sur ce que nous allons faire à partir d’aujourd’hui » a résumé Thoriq Ibrahim, ministre de l’Environnement des Maldives et président du groupe des Petits États insulaires, les plus menacés pour l’élévation des mers.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Pierre Morville, à Paris

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..