Des violences sans précédent contre les musulmans : le gouvernement français joue avec le feu

Tsa; le Dimanche 27 Decembre 2015
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Les actes de violences et de vandalisme commis dans la soirée du vendredi à Ajaccio (en Corse)  contre un lieu de prière musulman et une cité habitée majoritairement par les musulmans ont suscité la condamnation presque unanime de la classe politique française. C’est la première fois que des actes de telle violence cible directement des populations musulmanes dans ce pays qui a toujours vanté sa politique d’intégration républicaine, officiellement basée sur l’égalité entre tous les citoyens quelles que soient leurs origines ou leur religion.
Le Premier ministre français Manuel Valls a dénoncé une « profanation inacceptable d’un lieu de prière musulman ». Le ministre de l’Intérieur français, Bernard Cazeneuve, a affirmé quant à lui que « ces exactions intolérables, aux relents de racisme et de xénophobie, ne sauraient rester impunies tant elles portent atteinte aux valeurs mêmes de la République ». Le nouveau président de l’assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, un nationaliste favorable à l’indépendance de l’île, a par ailleurs affirmé : « C’est intolérable, d’autant plus que c’est un amalgame incompréhensible entre des délinquants et la religion musulmane ».
Pourtant, à y voir de plus près, c’est bien les officiels français qui ont entamé le dangereux virage ayant subrepticement mené à ce que l’amalgame soit établi, et qui ont permis de poser les bases de la discrimination contre les musulmans de France. Cela a commencé par offrir pendant des années une libre tribune d’expression dans les médias à des polémistes tels qu’Eric Zemmour. Ces derniers ont contribué à banaliser des concepts discriminants et racistes à l’égard des musulmans.
Ensuite, dans le sillage des attentats contre Charlie Hebdo en janvier 2015, ont été lancés les différents appels à la communauté musulmane à se désolidariser des actes criminels commis contre le journal satirique. L’appel lancé, destiné à éviter l’amalgame, n’a en fait que le renforcer d’autant plus. On a demandé aux musulmans de s’exprimer en tant que musulmans et non en tant que citoyens. Une manière à peine voilée de les pointer du doigt dans ce qui venait de se produire. Cela a eu pour conséquence une hausse vertigineuse de 281% des actes et menaces islamophobes en France dans les mois ayant suivi les attentats de janvier.
Enfin, en réponse aux attentats du 13 novembre à Paris, décision d’étendre la déchéance de la nationalité française à tous les binationaux, contenue dans le projet de révision de la Constitution présenté par François Hollande, a fini d’enfoncer le clou dans les esprits qu’il existe deux catégories de citoyens en France : les musulmans susceptibles d’être des terroristes et les « vrais » français de souche qui aimerait leur pays. Dans les faits, la loi a été faite sur mesure pour viser exclusivement les musulmans de France, seuls à mêmes d’être concernés par cette nouvelle disposition. De nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer une loi inefficace, inapplicable et discriminante, mais la loi a tout de même été maintenue, que ce soit par souci électoraliste ou par conviction des théories sur les crises civilisationnelles.
Dans ce contexte, la mosquée saccagée à Ajaccio aux cris de « Arabi Fora » (les Arabes dehors), et « On est chez nous ! » avec des exemplaires du Coran partiellement brûlés laisse penser qu’il s’agit non seulement pas simplement d’un acte isolé, mais de la conséquence d’années d’amalgames entretenus par les autorités françaises. Pire, la situation est appelée à s’aggraver tant que le gouvernement français continuera de jouer avec le feu et exposer dangereusement les musulmans.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rafik Tadjer

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