Djezzy désormais valorisée autant que sa maison-mère : retour sur une erreur stratégique qui a coûté cher à l’Algérie

Tsa; le Lundi 14 Decembre 2015
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Le groupe russe Vimpelcom (VIP), maison-mère de l’opérateur de téléphonie mobile algérien Djezzy est en grande difficulté : l’entreprise cotée au Nasdaq, la Bourse américaine des valeurs technologiques, était valorisée à près de 5,2 milliards de dollars en cours de séance, ce lundi 14 décembre (voir visuel de cotation).

En janvier 2015, l’État algérien a exercé son droit de préemption en rachetant 51% de Djezzy pour un montant de 2,6 milliards de dollars au total, valorisant l’opérateur algérien à 5,2 milliards, soit la même valorisation que sa maison-mère.
Une erreur de stratégie
Vimpelcom est un groupe multinational de télécommunications présent en Russie, en Ouzbékistan, en Italie, entre autres. Mais l’Algérie a acheté un seul actif pour le prix de la maison-mère.
Pourtant, avant la conclusion de l’opération fin janvier 2015, Vimpelcom était sur une trajectoire négative depuis deux ans. En effet, l’entreprise a perdu près de 75% de sa valeur entre décembre 2013 et décembre 2015, passant de 12,04 dollars à 3,03 dollars par action. Avec 2,6 milliards de dollars, l’Algérie aurait donc pu prétendre récupérer plus que le seul opérateur Djezzy.
Pourquoi une telle précipitation à racheter Djezzy ? La réponse est à chercher en amont. Le gouvernement semble s’être trompé de stratégie : dans les années précédant la transaction et face à la tentative d’Orascom Telecom de Naguib Sawiris de revente de Djezzy au sud-africain MTN après des difficultés liées aux tensions entre l’Algérie et l’Egypte, le gouvernement algérien avait manifesté sa volonté de faire usage de son droit de préemption.
En parallèle, il a usé de méthodes administratives et fiscales, à coup d’interdiction de transferts de dividendes et de redressements fiscaux pour affaiblir la position de Djezzy. Des errements qui ont poussé l’ancien propriétaire de l’opérateur Orascom Telecom, l’Egyptien Naguib Sawiris à lancer une procédure d’arbitrage international contre l’Algérie. Il réclame alors jusqu’à 5 milliards de dollars de dommages à l’État. L’affaire est en cours. Entre temps, Naguib Sawiris a réussi à vendre son groupe au russe Vimpelcom. Ce dernier a récupéré le dossier chaud de Djezzy. Les Algériens ont fini par céder.
L’État récupère un opérateur moribond
Début 2015, l’Algérie est devenue actionnaire majoritaire (51%) de l’opérateur. Seulement, Djezzy est en phase de régression depuis plusieurs mois, à cause de mauvais choix stratégiques.
L’un des principaux actifs de Vimpelcom dans le monde, Djezzy devait faire office de « bouée de sauvetage » pour sa maison-mère en perdition. Mais l’opérateur perd des abonnés (ainsi que ses cadres) et devrait enchaîner les mauvais résultats au 4e trimestre, avec un ralentissement anticipé de 10 à 15% de l’activité du secteur des télécommunications en Algérie.
Pire : les perspectives de reprises semblent difficiles pour Djezzy. À l’heure actuelle, l’opérateur casse les prix sur l’internet mobile de 3e génération (3G) pour tenter de rattraper son retard. Une stratégie qui va plomber sa rentabilité et rendre le retour sur investissement très long pour l’État.
Sur la base des estimations de bénéfices optimistes de 200 millions de dollars par an, il faudrait près de 45 ans pour que l’État rentabilise son investissement. Or pour 2015, Djezzy aura beaucoup de mal à réaliser un tel bénéfice.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Tewfik Abdelbari

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