Hocine Aït Ahmed, le goût de l’inachevé

Tsa; le Mercredi 23 Decembre 2015
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Hocine Aït Ahmed, figure emblématique de la Révolution algérienne, est décédé ce mercredi 23 décembre, en Suisse, à l’âge de 89 ans. L’histoire d’Aït Ahmed est connue de tous, tout comme sa contribution majeure à l’indépendance de l’Algérie.
Hocine Aït Ahmed a été l’un des principaux dirigeants du FLN dans les premières années de sa création, son action durant la Révolution l’a d’ailleurs mené à son emprisonnement par les autorités françaises. Une fois l’indépendance acquise, Aït Ahmed s’est évertué à promouvoir l’instauration d’un état civil face à l’émergence de la domination du militaire sur le politique. Sa position ferme l’a conduit à tourner le dos à un FLN qu’il ne reconnaissait plus pour fonder le FFS, qu’il visionnait comme étant une force d’opposition, voire même de résistance.
Le pouvoir ne l’entendait cependant pas de cette oreille, et s’en est suivie une campagne de répression ayant mené, à terme, à l’exil du leader du FFS en 1966. Avec du recul, cinquante ans plus tard, il est aujourd’hui facile de comprendre le renoncement de Hocine Aït Ahmed, dont la droiture demeure légendaire. Il est en effet aisé d’imaginer qu’il ait vite pris conscience devant l’ampleur de la situation que les dés étaient pipés, et que toute entreprise était vouée à l’échec. Dans un même temps, il reste quand même difficile de concevoir qu’un aussi grand homme ait simplement pu jeter l’éponge. Était-il déjà arrivé à la conclusion que tout espoir de rédemption était perdu pour l’Algérie ?
Lorsqu’il effectue son retour en Algérie, 23 ans plus tard, Hocine Aït Ahmed parait mu par le sens du devoir, mais pas seulement. Il semble toujours porter en lui l’espoir de voir une Algérie meilleure. En Algérie, il assiste coup sur coup à la consécration du FIS aux Législatives puis à l’interruption du processus électoral. Hocine Aït Ahmed verra surtout Mohamed Boudiaf, son frère de la Révolution, être lâchement assassiné. En se présentant aux élections présidentielles de 1999, Hocine Aït Ahmed se donnera une dernière chance de croire en la démocratie en Algérie, mais il finira par retirer sa candidature la veille du scrutin pour dénoncer la fraude.
D’une certaine manière, le parcours de Hocine Aït Ahmed symbolise celui de l’Algérie indépendante. Une Algérie portée par l’espoir, jonchée d’opportunités manquées, et marquée par le renoncement. L’Algérie et Aït Ahmed restent en fin de compte éternellement liés par le même destin tragique, portés par les regrets et hantés par l’idée de savoir si les choses auraient pu être différentes.
 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Yacine Babouche

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