« Il y a au moins 1,2 million d’Algériens en France qui n’ont toujours pas leurs passeports biométriques »

Tsa; le Dimanche 13 Decembre 2015
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Djamel Bouras, député FLN de l’Immigration pour le nord de la France revient sur les visites inopinées de Ramdane Lamamra dans plusieurs consulats de la région parisienne et sur l’obligation de visa pour les binationaux qui ne possèdent pas le passeport biométrique. Entretien.
Ramdane Lamamra, ministre des Affaires étrangères, s’est récemment rendu aux consulats algériens de Bobigny et Nanterre. Après ces deux visites inopinées, il a promis de prendre des mesures pour améliorer le fonctionnement et l’accueil dans les consulats. À quoi peut-on réellement s’attendre ?
Depuis 2012, nous avons toujours signalé, soit au niveau de l’Assemblée nationale, soit au niveau du ministère concerné, que les consulats n’ont plus les capacités d’accueil nécessaires à la communauté algérienne en France. Le problème ne se pose presque plus à Bobigny, où il y a une amélioration et davantage de moyens. Le plus gros problème se pose à Vitry où la capacité d’accueil n’est pas suffisante par rapport à la demande. De nouveaux locaux ont été achetés mais le temps que les travaux soient faits cela prendra sûrement un an et demi. On ne peut pas accueillir des personnes dans d’autres appartements. Les consuls et les personnes travaillant dans les consulats doivent comprendre qu’ils sont au service de la communauté algérienne et les servir avec respect. Même chose pour les ressortissants algériens, le respect doit être mutuel.
Concernant les passeports biométriques, seulement un million de documents ont été délivrés en France alors qu’il y a deux millions de ressortissants algériens immatriculés…
Aujourd’hui, il y a au moins 1,2 million d’Algériens en France qui n’ont toujours pas leurs passeports biométriques. Dernièrement nous avons rencontré le Premier ministre qui a reçu les députés et une délégation d’associations qui représentent la communauté algérienne à l’étranger. Cette rencontre a eu lieu le 31 octobre en présence des ministres des Finances et des Affaires étrangères notamment. Mais aujourd’hui ça n’avance pas car les consulats n’ont toujours pas les moyens humains et financiers nécessaires. Les conditions d’accueil aussi doivent être améliorées.
Que proposez-vous ?
Le consulat général à Paris a acheté des locaux de 6 000 ou 7 000m². Ils peuvent régler le problème en mettant temporairement à disposition ces locaux pour le développement des passeports numériques à destination des consulats de France. Les dossiers ne devraient pas être renvoyés en Algérie. Le problème ne se pose pas au niveau du ministère de l’Intérieur mais au niveau des Affaires étrangères car au lieu d’utiliser les vols d’Air Algérie qui partent plusieurs fois par jour à partir de plusieurs villes françaises, ils ne font le transfert qu’une fois par semaine. C’est un exemple parmi tant d’autres. Le MAE fait des efforts, cependant, aujourd’hui la solution pour régler définitivement le problème, c’est de mettre une structure à Paris qui développe les passeports sur place sous la supervision d’une équipe du ministère de l’Intérieur et des Affaires étrangères. À Alger, il y a un problème de transport et de tri donc on perd du temps.
À partir du 1er janvier 2016, les binationaux ne possédant pas le passeport algérien devront obligatoirement présenter un visa. Pensez-vous que ce soit une mesure appropriée si on considère le retard pris dans le traitement des dossiers et les dysfonctionnements au niveau des consulats ?
J’ai demandé aux autorités concernées de faciliter la tâche aux binationaux afin qu’ils puissent rentrer avec leur CNI. En France, par exemple, quand un Français arrive au niveau de la PAF, il passe directement avec la carte d’identité. Pas besoin de montrer le passeport ! Aujourd’hui, j’ai reçu une trentaine de coups de fils de binationaux inquiets qui me demandent des informations. En plus du retard dans la délivrance des passeports biométriques, cela va provoquer encore plus de pagaille dans les consulats. J’ai fait une demande au niveau du ministère des Affaires étrangères et du ministère de l’Intérieur pour voir s’il y a possibilité de laisser les binationaux rentrer avec leur CNI jusqu’au mois de juillet et pour les vacances.
Qu’en est-il de l’article de la Loi de finances 2016 qui oblige à déclarer les sommes de plus de 1 000 euros à l’entrée et à la sortie du territoire algérien. Vous confirmez que cela ne s’applique pas aux ressortissants algériens résidents à l’étranger ?
Oui cette mesure a été mal comprise. Seuls les étrangers qui rentrent en Algérie sont dans l’obligation de déclarer les sommes de plus de 1 000 euros. Mais nous avons besoin de faciliter la tâche à notre pays, il y a des gens qui veulent investir ou venir pour des vacances. Pour contrer le marché parallèle, il faut créer des bureaux de change en Algérie et implanter des agences bancaires à l’étranger pour que les Algériens puissent déposer leur argent au niveau des banques algériennes surtout en France où la communauté est importante.
Pour revenir sur la Loi de finances 2016 des mesures importantes ont été acceptées comme la possibilité pour les Algériens de pouvoir prendre une assurance obsèques via leur carte consulaire. Après le paiement d’une somme annuelle, l’État algérien garantira la prise en charge du transfert en cas de décès, et cela à travers le consulat. La somme n’est pas encore fixée, c’est en cours de discussion au MAE et au ministère des Finances.

Categorie(s): Entretiens

Auteur(s): Zahra Rahmouni

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