« Il y a des gardes devant toutes les mosquées » en Corse

Tsa; le Dimanche 27 Decembre 2015
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Suite au saccage d’une mosquée vendredi soir à Ajaccio, et un second rassemblement samedi durant lequel des slogans racistes ont encore été entendus, le préfet de Corse a décidé d’interdire les manifestations et rassemblements dans le quartier populaire des Jardins de l’Empereur jusqu’au 4 janvier prochain. Cet arrêté préfectoral intervient après que plusieurs centaines de personnes s’étaient rendues à la recherche des agresseurs de pompiers et d’un policier, pris dans un guet-apens jeudi soir. Abdallah Zekri, président de l’Observatoire national contre l’islamophobie et Secrétaire général du Conseil Français du culte musulman (CFCM) revient sur les événements. Entretien.
Comment expliquez-vous que des individus puissent s’attaquer à un lieu de culte musulman après des faits qui relèvent de la délinquance ?
Je ne peux pas me l’expliquer. J’ai condamné cette agression qui vise un lieu de culte et même si des pompiers et des policiers ont été agressés par des voyous cela ne donne en aucun cas le droit à des Corses ou à des Français, peu importe, d’aller faire justice eux-mêmes et de régler leurs comptes. On parle uniquement du lieu de culte où l’on a cassé des portes métalliques et où l’on a essayé de mettre le feu mais dans ce quartier, où réside beaucoup de Français appartenant à la communauté musulmane, il y a quand même de nombreuses voitures qui ont été saccagées, un restaurant qui a failli brûler donc on a eu une violence assez grave.
Ceux qui ont manifesté ont traversé plusieurs quartiers, il y a quand même des caméras grâce auxquelles on peut déterminer qui a commis ces actes. J’ai pris contact le soir-même des événements avec le préfet de Corse pour qu’ils puissent me donner des explications sur les mesures qui ont été prises. D’autant plus que nous avons eu une réunion le 16 décembre au ministère de l’Intérieur à Paris durant laquelle nous avions informé les autorités qu’il y allait avoir le Mawlid le mercredi soir et qu’il serait souhaitable que la population musulmane puisse être en sécurité. Au niveau de la Corse, il n’y a pas eu ce type de sécurité assez rapidement. Mais après ces événements, on nous a assurés qu’il y a actuellement des gardes statiques devant toutes les mosquées.
Je veux rappeler aussi à ces gens qui demandent aux musulmans de partir que ce sont les parents de ces personnes qui ont libéré la Corse en 39-45. De plus, la plupart de ces musulmans sont ouvriers agricoles, ils ne sont pas venus d’eux-mêmes. Ils ont participé au développement économique de la Corse et à sa richesse. C’est inadmissible et inacceptable de les insulter de cette manière.
Est-ce que vous avez plus d’informations sur l’enquête en cours ?
Il y a des soupçons sur certaines personnes. Je pense que ça va évoluer en début de semaine et pour être juste je demande l’arrestation de ceux qui ont agressé les pompiers et le policier ainsi que ceux qui ont voulu faire justice eux-mêmes.
Si chacun cherche à se faire justice, on assistera à une escalade de la violence, ce qu’il faut éviter. Quand je vois les Corses défiler dans le quartier en provoquant et en menaçant de continuer la chasse à l’homme tant que ceux qui ont commis ces actes ne se seront pas dénoncés, je me demande de quel droit ils font cela. Il faut que ça cesse.
Je sais de sources officielles que des renforts ont été envoyés sur l’île, le ministère de l’Intérieur l’a d’ailleurs confirmé. Le fait nouveau, et je l’ai félicité, c’est que les élus corses, le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur ont dénoncé ce qu’il s’est passé dans le lieu de culte musulman. C’est la première fois qu’on élève la voix de la sorte, il y a un changement de discours et cela s’oppose aux paroles de certains élus qui eux favorisent ces actes.
Combien y a-t-il de mosquées en Corse ?
Il y a à peu près une dizaine de lieux de culte. Ce ne sont pas de grandes mosquées mais des salles de prière de proximité dans des quartiers où réside la communauté musulmane.
Concernant les portes ouvertes dans des mosquées qui vont être organisées les 9 et 10 janvier prochains. Est-ce que cela va réellement atténuer le climat de méfiance envers la communauté musulmane étant donné que des initiatives similaires avaient déjà été organisées dans diverses mosquées en France ?
Contrairement à ce que certains journalistes ont dit, ces portes ouvertes ont été décidées juste après les événements de Charlie Hebdo donc cela ne date pas d’aujourd’hui. Le bureau du CFCM avait pris la décision de faire des portes ouvertes dans certaines mosquées, par la suite, cela a été mis en application dans beaucoup de mosquées où il y a eu pas mal de visites de Français de confession catholique par exemple.
Il y a eu des échanges avec des imams, des représentants d’associations. Cette action a été bien perçue et le bureau du CFCM a voulu que ces portes ouvertes soient étendues à l’ensemble du territoire. Au niveau des grandes mosquées, des portes ouvertes ont eu lieu à Marseille, Strasbourg, Montpellier.
Les gens ne s’interrogeaient pas sur la pratique de la religion mais sur les événements liés au terrorisme. Nous leur avons expliqué que c’est un terrorisme aveugle qui cible également la jeunesse française de confession musulmane comme au Bataclan, nous leur avons également cité l’exemple de l’Algérie dans les années 90.
Avez-vous déjà dressé un bilan des actes islamophobes en France pour cette année ?
Non, on l’effectuera en janvier 2016, une fois les chiffres arrêtés. Ce que je peux vous dire c’est qu’en 2015, nous avons eu un pic assez élevé au mois de janvier, suite aux attaques de Charlie Hebdo, il y a eu 170 actes islamophobes. Pour le mois de novembre, nous n’avons « heureusement » pas eu le même pic. Après les attentats de Paris, nous avons dénombré 35 actes anti-musulmans, et c’est déjà trop !

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Zahra Rahmouni

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