Lettre de Toufik : le silence embarrassé d’Ahmed Ouyahia

Tsa; le Dimanche 13 Decembre 2015
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La lettre du général Toufik dans laquelle il défend le général Hassan a fait réagir toute la classe politique, l’opposition comme les partisans du président Bouteflika. Même le gouvernement a officiellement réagi à travers le ministre de la Communication Hamid Grine. Mais dix jours après la publication de la lettre, une voix manque : celle d’Ahmed Ouyahia, chef du RND et directeur de cabinet du président Bouteflika.
Interrogé par TSA, un membre du Conseil national du RND explique ce silence par « l’agenda très chargé » du chef du parti. Selon lui, Ouyahia est « très occupé » par la préparation des élections sénatoriales qui auront lieu le 29 décembre. « Nous restons concentrés actuellement sur les sénatoriales. Nous avons des sièges à défendre dans la chambre haute du Parlement », explique notre interlocuteur. Ahmed Ouyahia a pourtant trouvé le temps de se prononcer sur beaucoup de dossiers et de sujets ces derniers jours, à commencer par la lettre des 19.
Mais, dans l’affaire de la lettre de Toufik, Ouyahia ne se contente pas d’observer le silence. Il n’a autorisé personne au sein du parti à réagir. Habituellement, quand le chef n’est pas disponible, c’est Chihab Seddik, porte-parole du parti, qui s’acquitte de la tâche.
Ouyahia est certes chef de cabinet du président Bouteflika. Officiellement, il a mis au fil des années son parti au service du Président. Mais nul n’ignore sa proximité avec le général Toufik. Il était même considéré comme l’un des protégés de Toufik quand ce dernier était à la tête du DRS.
« C’est un secret de Polichinelle : Toufik a été pendant longtemps le parrain d’Ouyahia et de plusieurs autres hommes politiques qui sont toujours en activité », explique un ancien ministre. D’ailleurs, Ouyahia est la dernière personnalité politique à réagir à la restructuration du DRS, rappelle l’ex-ministre. Il a pris position seulement 24 heures avant l’annonce officielle du départ de Toufik de la tête du DRS. En d’autre termes, Ouyahia a parlé après avoir eu la certitude que « Toufik est fini ». En d’autres termes, il a agi forcé et non par conviction.
Mais Ouyahia n’a jamais critiqué Toufik, publiquement. Mieux, en parlant de lui, il évoque souvent « le frère » en faisant l’éloge de son combat pour la « stabilité et la sécurité » du pays, se démarquant pour l’occasion de la position du Secrétaire général du FLN, Amar Saâdani, qui ne rate aucune occasion pour descendre en flammes l’ancien chef du DRS.
Ouyahia finira-t-il par se positionner maintenant que Toufik est en dehors du système ? « Il prendra peut-être la parole à l’occasion de la réunion du Conseil national prévu pour le mois de janvier 2016. Il le fera avant, s’il juge cela nécessaire », précise à TSA un membre du Secrétariat national.
Il faut dire qu’Ouyahia se trouve dans une position délicate. Cette fois, il ne s’agit pas de commenter le limogeage de Toufik. C’est bien plus grave. L’ancien patron du DRS, à travers sa lettre, s’attaque frontalement au Président et au général Gaïd Salah, accusés, en des termes à peine voilés, d’avoir instrumentalisé la justice militaire dans l’affaire du général Hassan. La réaction officielle du gouvernement montre à quel point le sujet est grave.
Un opportuniste sans convictions
Mais que peut faire Ouyahia ? Se ranger du côté du général Toufik serait synonyme de divorce avec la Présidence. Cela amènera Ouyahia à mettre une croix sur sa carrière politique, du moins tant que Bouteflika sera président.
Critiquer frontalement Toufik est risqué, sachant que les rapports de force au sommet de l’État ne semblent pas jouer définitivement en faveur d’un clan, même si a priori et officiellement le président sort renforcé de son bras de fer avec l’ancien patron du DRS. Attaquer Toufik renforcerait aussi l’image d’un Ouyahia cynique et sans état d’âme, capable, tel un mercenaire, de se retourner contre ses anciens soutiens. De quoi alimenter encore plus la méfiance du clan du Président à son égard.
Ahmed Ouyahia paie en fait ses choix en matière de communication et un retour précipité à la tête du RND. Trop bavard depuis son retour aux commandes du parti, commentant tous les sujets, y compris les plus anodins. Il a opté aujourd’hui pour le silence sur une affaire sérieuse et grave. Une posture qui renforce son image d’homme politique opportuniste et sans convictions.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Achira Mammeri et Samir Allam

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