Louisa Hanoune nous dit tout

Tsa; le Mardi 22 Decembre 2015
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Louisa Hanoune nous dit tout ou presque. Dans cet entretien, elle explique les raisons qui l’ont poussée à défendre le général Hassan et le général Toufik, elle répond au vice-président de l’APN Baha Eddine Tliba qu’elle qualifie de « monstruosité » et qu’elle accuse d’avoir acheté sa place à l’APN. Dans ses réponses, la Secrétaire générale du PT n’épargne pas le ministre de l’Industrie Abdesselam Bouchouareb sans oublier le chef du FCE Ali Haddad en parlant d’un « oligarque qui veut s’approprier le pays ».
Pourquoi avez-vous défendu le général Hassan et le général Toufik ?
D’abord, lorsque nous parlons du général Hassan et du major Toufik, nous défendons des institutions et des corps constitués de la République qui ont des missions fondamentales. Parce que je défends l’unité et l’honneur de l’armée qui est la colonne vertébrale de l’État algérien. Parce que je défends l’immunité sécuritaire de notre pays. Car il s’agit de hauts gardés qui ont occupé des charges très délicates.
Ensuite, j’ai défendu le général Hassan car je suis scandalisée qu’on s’attaque à une personne qui ne peut pas se défendre puisqu’elle est en prison alors qu’il s’agit de l’ex-responsable de la lutte contre le terrorisme. En ce qui concerne le général Toufik, j’avais interpellé le Président pour qu’il mette fin à une dérive après l’attaque violente du Secrétaire général du FLN contre le chef du DRS fin 2013 début 2014. Le Président a demandé à me voir le lendemain et m’a interrogé sur ce que pensait le peuple de cette cabale. Je lui ai notamment parlé de la colère citoyenne suscitée par cette attaque violente car elle vise l’armée en général et une structure dont les acteurs n’ont même pas le droit de se défendre.
J’ai posé au président de la République des questions sur le général Toufik. Je lui ai demandé s’il avait trahi le pays et s’il avait volé de l’argent. Il m’a dit : « Jamais ! C’est un patriote et c’est la probité même ». Il m’a également parlé de la finesse de ses analyses, de ses capacités d’anticipation sur les événements, de ses capacités de prospective et son attachement viscéral à la souveraineté nationale. Quelques jours plus tard, le Président rendait public un communiqué où il avait rappelé à l’ordre sévèrement ceux qui s’attaquaient à l’unité de l’ANP.
Par rapport au général Hassan qui avait déjà été convoqué au moment où je me suis entretenue avec le Président, je lui ai dit qu’on est en train de livrer, y compris à l’opinion internationale, des secrets militaires d’opérations menées par les services de renseignements. En vérité, je considère que l’avalanche de décisions touchant le DRS rend notre pays vulnérable, car elle jette l’opprobre sur ce département qui était redouté à l’étranger. Le plus grave c’est que cela intervient à un moment où les dangers contre les nations se sont démultipliés. Je ne parle pas de l’exercice par le Président de ses prérogatives de nommer ou de démettre mais de la forme que cela prend, des conséquences et du choix du moment.
Sur quelle base défendez-vous le général Hassan ? Avez-vous des éléments sur ce qu’on lui reproche ?
Tout est dans la presse aujourd’hui. J’ai lu des détails publiés sur l’opération menée par le général Hassan à la frontière algéro-libyenne par exemple. J’avais demandé au Président si le général Hassan avait trahi. Il m’a dit non et il m’avait affirmé que l’affaire était classée. Aujourd’hui, on sait que le général Toufik avait envoyé un rapport au Président à ce sujet. Cela a été affirmé par les avocats et le général Nezzar. C’est pour ça que je pense que le Président n’est pas au courant par rapport à ce qui est en train de se tramer dans le pays.
Début 2014, j’avais également rencontré le général major Gaïd Salah avec l’accord du Président. J’avais fait un communiqué à l’issue de notre entretien sans rentrer dans les détails de notre discussion qui a duré plus de trois heures. C’est une rencontre entre un responsable politique et un membre du gouvernement, le vice-ministre de la Défense. Nous avons discuté de nombreux sujets dont la situation nationale, la région, terrorisme, l’affaire de Tiguentourine, d’Africom, de la nature de l’armée algérienne qui ne sera jamais comme l’armée égyptienne parce que celle-ci est financée par le trésor américain, alors que notre armée est républicaine, restera populaire et héritière de l’ALN.
J’ai abordé l’attaque violente contre le premier responsable du DRS, un département très sensible et partie intégrante de l’ANP. Il a rappelé que le Président était intervenu pour y mettre un terme. Je lui ai demandé si le général Hassan qui comparaissait devant le juge avait constitué un groupe terroriste et s’il avait gardé par-devers lui des armes, il a répondu par la négative.
Est-ce normal que le général Toufik reste durant 25 ans à la tête d’une institution aussi sensible ?
Je suppose que s’il est resté aussi longtemps à la tête de cette institution, c’est que les présidents qui se sont succédés dont Abdelaziz Bouteflika qui l’a maintenu pendant 16 ans, ont considéré qu’il assumait bien sa tâche. Je n’ai pas à douter des capacités de discernement de ces présidents, ni de leur patriotisme. En plus de la préservation du pays à laquelle il a contribué pendant la tragédie nationale, il est de notoriété publique que le général Toufik a renforcé notre système de défense immunitaire. Jusqu’à maintenant, parmi tous ceux qui l’ont attaqué, aucun n’a porté une accusation de prédation ou d’enrichissement illicite. C’est peut-être la raison fondamentale de cette cabale. Je veux dire qu’il sait peut-être tout sur les uns et les autres et que ces derniers savent très bien qu’il est irréprochable.
Vous voulez dire que c’est une victime de la lutte contre la corruption ?
Les faits ont été largement rapportés dans la presse sur notamment l’affaire Chakib Khelil. Pourtant, c’est le Président qui l’a révoqué en 2010 et il avait certainement donné le feu vert pour l’enrôlement de ladite affaire d’autant qu’il s’agissait pour la justice algérienne de sauver la face après l’ouverture du procès de la corruption en Italie et ailleurs.
Le vice-président de l’APN Baha Eddine Tliba vous a qualifiée de marionnette entre les mains du général Toufik…
En vérité, dès que le nom de ce grossier personnage est associé au mien, je me sens souillée et salie. Cette monstruosité incarne la pollution politique dans ce pays et la décomposition terrible qui frappe les institutions envahies par l’argent sale et les prédateurs. C’est quelqu’un qui a acheté sa place à l’APN.
Le jour des élections (législatives) qui étaient un hold-up en faveur du FLN, vers 23 heures, à la fin du dépouillement, il n’avait pas été élu malgré les milliards dépensés pendant la campagne électorale. Par un « miracle » qui s’est produit vers 4 heures du matin, il est devenu élu. Toute la ville de Annaba a une haine incommensurable à son égard. Il a constitué un réseau maffieux dont ceux qui tirent les ficelles sont identifiés. Cette personne fait partie de ceux qui ont vandalisé et pillé la ville de Annaba et qui étaient indirectement responsables de la mort de l’ancien wali, M. Sendid.
Dans l’émission télévisée inclassable d’un point de vue médiatique car, consacrée à la baltaga, tout le monde avait constaté qu’il s’agissait d’une parodie. D’ailleurs, je suis triste pour cette chaîne et pour le journaliste en question pour qui j’avais énormément d’affection. Nous l’avons vu venir à la rescousse de cette monstruosité qui avait du mal à lire ce que lui avaient écrit ses deux parrains qui se reconnaîtront !
Cette personne (Tliba) prétend que le parti est une organisation familiale. Il se trouve que nous avons une section à Seraïdi. Des témoins oculaires nous ont immédiatement appelés (après sa rencontre avec un de ses parrains, pour préparer l’émission en question, NDLR).
Baha Eddine Tliba et avant lui Amar Saâdani ont déclaré que Toufik était votre parrain…
D’abord, le parrain et la marraine sont étrangers à notre culture musulmane, c’est une pratique chrétienne. Quant au parrain de la mafia, tout le monde sait à qui cela s’applique. Quant aux deux individus que vous avez cités, on ne peut pas acheter un passé politique ou l’honneur avec de l’argent et la baltaga. Pour ma part, j’ai commencé à militer quand j’avais à peine vingt ans et bien avant pour convaincre mon père de me laisser poursuivre mes études. J’ai milité ensuite pour les droits des femmes, pour l’indépendance de l’UGTA, pour les droits des étudiants. Ces trois combats m’ont amenée à militer dans la clandestinité pour le multipartisme, pour la démocratie.
Comment le général Toufik aurait pu être mon parrain quand je combattais dans la clandestinité contre le système du parti unique ? Le Secrétaire général du FLN a dit que c’était le général Toufik qui m’a envoyée comme un sous-marin à la conférence de Rome. Quelle affabulation ! Comment le général Toufik aurait pu parrainer quelqu’un qui était pour la paix et la réconciliation nationale au moment où il était considéré, à tort ou à raison, comme un éradicateur ? Et puis, a-t-il envoyé aussi Ait Ahmed et feu Abdelhamid Mehri ? Mais les citoyens ont répondu au Secrétaire général du FLN et à cette monstruosité (Tliba). Ceci étant dit, cet individu a flatté le frère du Président et le nouveau chef du DRS. Si cet individu se permettait de parler de moi positivement, je m’en démarquerai car cela me porterait préjudice.
Le Secrétaire général du FLN et le vice-président de l’APN affirmaient également que votre siège vous a été donné par le DRS…
Tous les sièges du parti appartiennent aux domaines et à l’OPGI. Avec l’avènement du multipartisme, tous les partis avaient obtenu un siège sauf le PT. On nous a d’abord proposé le siège du journal sportif El Heddaf, mais nous avons refusé que ce journal se retrouve dans la rue.
Un directeur central du ministère de l’Intérieur m’avait alors appelée et m’avait proposé de prendre le siège de l’administration des fraudes du ministère du Commerce qui était en train de se vider. Nous gardons d’ailleurs jusqu’à maintenant certains meubles qu’ils avaient laissés. Cet individu (Tliba) avait également parlé de la voiture. Je vous invite à descendre et regarder ce véhicule. Je peux même vous emmener chez notre financier qui vous montrera la facture de l’achat de notre voiture. Moi, je n’ai jamais eu de voiture blindée ! Jamais nous n’avons demandé à l’armée quoi que ce soit. D’ailleurs, les services de sécurité connaissent la voiture du Parti qui me transporte. Ils savent où j’habite et ils ont même fait des rondes la nuit quand il y a eu des provocations.
Avez-vous des investissements à Annaba comme l’a affirmé Baha Eddine Tliba ?
Cette monstruosité qui s’appelle Tliba avait formulé en 2013 sur la même chaîne de télévision les mêmes attaques et d’autres plus graves et il avait lâché ses baltagui qui racontaient que je possédais des bateaux de pêche, des châteaux, des villas et des terres agricoles. Sauf qu’à ce moment-là, il a dû être sommé de cesser ses attaques puisqu’il a présenté des excuses publiques.
Pour la prétendue coopérative immobilière, je dis : inch’Allah. J’ai beaucoup de parents à Annaba notamment des jeunes qui n’arrivent pas se marier parce qu’ils n’ont pas de logements et d’autres qui ont attendu 30 ans pour avoir un logement social ! Certains membres de ma famille ont été sanctionnés à cause de leurs noms. Il n’y a pas eu d’instruction centrale allant dans ce sens mais de l’excès de zèle de petits mafieux locaux.
L’actuel ministre du Travail, qui était alors wali à Annaba, peut en témoigner. Ma famille est modeste. Mon père a commencé à travailler à l’âge de 11 ans comme apprenti boulanger. Quand il est mort à l’âge de 61 ans, il n’a pas laissé grand-chose : le tiers d’une boulangerie dans le quartier populaire, la place d’Armes, et le tiers d’une maison au-dessus de cette même boulangerie en association avec mon oncle.
Une chose est sûre, dans ma famille il n’y a pas de prédateurs et de mafieux. Une information a été distillée par Ennahar TV sur l’ouverture d’une enquête par le procureur concernant mes biens. Bien sûr, c’est de l’intox. Mais je dis : inch’Allah, Je l’espère de tout mon cœur parce que je me dis que ça serait un moyen d’ouvrir la boîte de pandore.
Vous espérez l’ouverture d’une enquête sur vos biens ?
Personnellement, je fais mes déclarations de patrimoine et elles ne sont pas fausses contrairement à beaucoup d’autres, et je les rends publiques à chaque élection. Mon patrimoine est vérifiable. En revanche, cette monstruosité qui s’appelle Tliba doit expliquer d’où vient sa fortune et comment est-il devenu archi-milliardaire. Sachez que ce n’est pas un hasard si les citoyens lui ont demandé de dégager lors du rassemblement contre la Loi de finances 2016 organisé samedi dernier à Annaba. Ils n’en peuvent plus de lui et de sa bande mafieuse.
Avant l’arrivée de Sendid (l’ancien wali), il donnait des coups de pied dans les portes pour rentrer dans les bureaux de la wilaya. Il n’a de respect pour aucune institution et le clamait partout. Si j’avais une quelconque propriété à Annaba, vous pensez que j’accepterai d’être la voisine de ce monstre ? Jamais ! J’aurais peur d’être salie et contaminée par toutes les maladies des prédateurs.
Il a eu une première mise en garde samedi dernier dans le rassemblement populaire. En réalité, les citoyens voulaient marcher jusque chez lui. Mais les services de sécurité avaient peur d’un dérapage et avaient négocié avec les dirigeants du parti à Annaba. Lui a envoyé des baltagui pour tenter d’intimider les participants au rassemblement mais ils n’ont pas osé faire quoi que ce soit parce qu’ils sont connus de tous. Toutefois, quand je parle de la monstruosité Tliba, je réponds à ses deux parrains dont le Secrétaire général du FLN.
N’est-il pas dangereux de parler de résistance au sein de l’armée ?
Non, au contraire. Cela veut dire que l’armée est décidée à protéger le pays, sa souveraineté. Depuis une année, il y a un pouvoir parallèle qui interfère dans la décision de l’État, de sinistres individus s’expriment au nom du Président et s’approprient ses prérogatives. Cela ouvre la voie à l’ingérence étrangère sans compter les dangers sécuritaires extérieurs qui s’amplifient.
Le groupe des 19 a publié sa lettre cela fait presque deux mois. Quelle suite comptez-vous donner à cette initiative ?
Nous avons tenu une réunion informelle lundi entre les membres algérois présents en attendant une plénière dans quelques jours pour discuter de la suite à donner à notre démarche. Nous avons fait le point sur la campagne populaire de soutien à notre démarche et discuté des développements saillants dans la conjoncture politique et qui confirment le bien-fondé de notre démarche. La semaine prochaine, nous nous exprimerons là-dessus.
En Tunisie, quarante personnalités ont demandé à voir le président Beji Qaid Essebsi. Il en a reçu sept. Cela n’a pas provoqué de réactions violentes dans ce pays voisin. Pourtant, il existe des institutions en Tunisie dont une assemblée vraiment élue, et des passerelles de dialogue. Nous sommes quinze personnalités. Il peut choisir de recevoir plusieurs ou même l’un de nous. Nous continuerons à avoir des doutes tant qu’il n’aura pas répondu par un oui ou un non. Nous ne voulons pas d’intermédiaires ! Le Président reçoit des étrangers, préside le Conseil des ministres. Dernièrement, ils lui ont ramené un jeune prince saoudien qui défend les oiseaux rares alors que les émirs du Qatar et d’Arabie Saoudite viennent chez nous pour chasser nos outardes. Sur les images, l’Émir était tétanisé. Quelle tristesse !
Pensez-vous qu’il soit dans l’incapacité de gérer le pays ?
Non ! Même par le passé quand il était en bonne santé, il a eu à comprendre qu’il a été parfois induit en erreur. Aujourd’hui, il n’a pas un accès direct à l’information. Il n’est pas dans son bureau et il ne va plus vers les foules. Il m’avait déjà dit un jour : « Ils me mentent et ils m’envoient de faux rapports ».
À vrai dire, le problème réside dans le fait que nous n’avons pas d’institutions démocratiques et transparentes. L’oligarchie s’immisce ouvertement dans les décisions. L’action du gouvernement n’est pas contrôlée. Car les prérogatives de la chambre basse sont confisquées. La Cour des comptes par exemple attire l’attention sur des choses anormales mais ses rapports restent sans suite. Et le Président ne s’est pas doté d’un appareil politique à même de veiller au grain. En fait, les institutions, les pratiques et le fonctionnement hérités du système obsolète du parti unique deviennent un véritable danger pour le pays, au même moment les prédations et les intérêts étrangers font tout pour que cette situation perdure pour piller le pays.
Vous parlez d’un président qui n’a pas accès à l’information et qui est isolé. Pensez-vous qu’il puisse encore continuer à gérer ce pays ?
Vous voulez parler de l’article 88 ? D’abord, il est inapplicable. Il faudrait que la totalité des membres du Conseil constitutionnel signe. Ensuite, la procédure est très complexe. De plus, cela ouvre la voie à des situations incontrôlables. Sauf si c’est lui-même qui décide de se retirer et d’organiser des élections anticipées. Dans ce cas, ce n’est plus l’article 88. Puis, du point de vue de la démocratie, il y a lieu de rappeler que ce sont des Algériennes et des Algériens qui l’ont élu pour la quatrième fois. Le dernier mot doit donc revenir au peuple. Au Venezuela, il y a le référendum révocatoire à mi-mandat.
Est-ce que l’Algérie doit institutionnaliser ce référendum ?
Nous militons pour la révocabilité pour tous les mandats de l’APC au président de la République. C’est l’essence de la démocratie et de la souveraineté du peuple. Nous avons proposé cela dans la réforme constitutionnelle.
Pensez-vous que nous nous orientons vers l’État civil ?
Hélas non ! C’est tout le contraire. Nos craintes quant à l’avènement du totalitarisme, comme produit de la mainmise de l’oligarchie sur les centres de décision se vérifient chaque jour davantage. Non seulement les restrictions sur les libertés ne sont pas levées, mais nous enregistrons des reculs très inquiétants, le coup d’État à l’APN, des pressions sont exercées sur les médias privés, des entraves sont dressées devant l’exercice de la politique… Nous savons que la régression socio-économique engendre la régression des libertés. La criminalisation de l’action politique indépendante tend à devenir la règle, même le patriotisme est criminalisé. En fait, ces dérives multiples détruisent le système immunitaire du pays qui avait empêché, en 2011, que le chaos du printemps arabe s’installe chez nous.
Aucun pays ne peut résister face à autant de violences. Cependant, nous avons pleinement confiance dans la capacité de discernement des travailleurs au sens large et de la jeunesse qui sauront empêcher la destruction des bases matérielles de la Nation de défendre leurs acquis et leur dignité, tout en dressant un rempart devant l’avènement de l’irrémédiable. Aujourd’hui, le patriotisme est la ligne de démarcation et nous, nous avons choisi le camp ultra-majoritaire de la résistance à la décadence et aux reniements mortels, le camp de la défense des conquêtes socio-économiques et de la souveraineté nationale pleine et entière. Sur ces questions fondamentales et vitales notre engagement est total.
Vous vous êtes opposées à la Loi de finances 2016. Peut-on continuer à subventionner de nombreux produits et à injecter de l’argent dans les entreprises publiques qui n’arrivent pas à se redresser ?
Personne ne peut nier que la chute du prix du baril est une véritable guerre contre tous les pays exportateurs. Mais tout le monde se souvient de la privatisation dans notre pays et comment le secteur public a été livré au pillage et à la dévastation. Au cours du premier mois de sa nomination, l’actuel ministre de l’Industrie avait demandé à me voir. Nous avons eu un échange fraternel. Au cours de l’entretien, il m’a assurée qu’il préserverait le secteur public. Je lui avais demandé le bilan des privatisations qu’il a qualifié de désastre qui dépasse de loin ce que nous disons. Nous avons discuté de plusieurs sujets dont la renationalisation d’El Hadjar. Après, il a changé d’avis sur une série de questions. Ce n’est pas mon cas.
Dans la Loi de finances 2016, il y a une augmentation de taxes tous azimuts qui va entraîner des augmentations en chaîne dans plusieurs domaines. Le pouvoir d’achat a déjà chuté de près de 40%. Des grands projets ont été gelés, des centaines d’entreprises privées de BTP vont fermer. Pendant ce temps-là, la dépréciation du dinar va se poursuivre. On nous parle de la protection de la production nationale. Mais qui va consommer finalement ce produit national lorsqu’en janvier prochain, le pouvoir d’achat s’effondrera complètement ? Il faudrait qu’ils en assument la responsabilité. L’appauvrissement généralisé de la population prépare la rupture. Personne ne peut faire de prévisions sur les processus révolutionnaires. Personne ne sait à quel moment il y aura l’étincelle.
Quelle solution préconisez-vous finalement devant la crise ?
D’abord, il faut limiter d’une façon drastique les importations avec la généralisation des licences d’importation sauf pour celles qui concernent l’outil de production. Mais pourquoi faut-il attendre jusqu’en juin pour le faire comme l’a déclaré M. Bouchouareb ? Pour permettre à ces importateurs de faire le maximum de profits au détriment du pays ? En vérité, il y a anguille sous roche et cela s’est vérifié pour l’importation des véhicules. Nous constatons des pratiques malsaines. C’est le moins qu’on puisse dire ! D’ailleurs, pourquoi c’est M. Bouchouareb qui l’annonce ? Il n’est pas le Premier ministre. Il n’a pas à s’immiscer dans les affaires des autres secteurs.
Ensuite, il faut demander aux oligarques, les cinq milles multimilliardaires qui se sont enrichis en pillant l’argent public, de rembourser leurs crédits. Ce sont des centaines de milliards empruntés. Il y a aussi l’opération de l’amnistie fiscale qui a échoué. L’État doit sévir. Il est temps de faire le bilan des exonérations de taxes et d’impôts pour le privé. Seuls ceux qui produisent doivent en bénéficier. Le ministre de l’Industrie et des Mines était scandalisé quand on a dit qu’il faut sortir de la Zale (Zone arabe de libre-échange). Chaque année, le département du commerce dresse un bilan négatif en ce qui concerne ce sujet. En fait, l’adhésion était idéologique.
En ce qui concerne l’accord d’association avec l’Union européenne, Ramtane Lamamra avait raison en disant que c’est à sens unique. Mais qu’est-ce qu’on attend pour utiliser les articles qui nous permettent de nous retirer d’un tel partenariat ? On ne peut pas défendre la production nationale avec l’accord d’association et le retrait nous permettra de récupérer 1,4 milliard d’euros que perd chaque année le trésor public en raison de la levée des tarifs douaniers.
Nous sommes en situation de guerre avec cette chute du prix du baril, les réserves de change doivent servir à une vraie relance de l’industrie, sans gabegie ni copinage ni prédation. Idem pour l’agriculture et la pêche. Et pourquoi ne récupère-t-on pas les 5 milliards de dollars prêtés au FMI. Il y a aussi l’impôt sur la fortune qu’il faut instituer. Et s’il y a réelle volonté de préserver le pays du chaos, alors l’État doit avoir l’audace d’ouvrir des enquêtes sur les fortunes gigantesques mal acquises pour les exproprier au profit de l’économie nationale.
En fait, les solutions et l’argent existent. Pour peu que l’État décide de se mettre au service de la collectivité nationale au lieu d’une minorité. Le Premier ministre avait dit que nous ne voulons pas du communisme, ni de l’ultralibéralisme. Aucun pays n’a une économie communiste. D’ailleurs, ça n’a même pas existé en Union soviétique après la révolution bolchevique de 1917 (même s’il y a eu un véritable essor via la collectivisation des grands moyens de production et un progrès social indiscutable, aujourd’hui anéantis au nom de l’économie de marché). Quant à ceux qui parlent de la Corée du Nord, franchement, ça prête à rire. Il en est de même lorsque j’entends des responsables déclarer que l’Algérie deviendra un pays émergent dans deux ans ! De qui se moque-t-on ? Avec une industrie qui représente – de 5% du PIB ? Avec la récession qui pointe à l’horizon ? Les BRICS – Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud – présentés comme l’alternative sont un leurre; en témoigne le fait qu’ils soient secoués violemment par la crise économique mondiale.
Vous avez dénoncé la prédation à tous les niveaux. Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?
D’abord, je souhaite revenir sur l’article 66 de la Loi de finances 2016. À une question qui lui a été posée par une journaliste de la Radio nationale sur la Sonatrach et la Sonelgaz, le ministre des Finances avait louvoyé avant de préciser que c’est le gouvernement qui devrait trancher. Et ces derniers jours, lui aussi invente la fable des entreprises stratégiques qui seraient épargnées qui ne figurent nulle part pour tromper le peuple.
De plus, non seulement les violations des lois et même de la Constitution sont légion mais, depuis l’été 2014, on tue à petit feu des entreprises publiques. Comment ? Par exemple par le détournement des marchés et missions des EPE (Entreprise publique économique) au profit de l’oligarchie prédatrice. On peut citer à titre d’exemple la compagnie nationale des hydrocarbures Sonatrach qui vient d’annuler des commandes de tubes sans soudure chez Alfapipe et deux de ses directeurs se retrouvent en prison pour avoir osé renforcer la production de leur entreprise alors que les marchés sont détournés vers les entreprises des oligarques qui poussent comme des champignons.
En 2014, l’État algérien avait acheté du matériel de radiothérapie auprès de deux entreprises : une Américaine et une Suédoise. En principe, nous avons une agence créée en 2012 pour l’acquisition de matériels hospitaliers. Sauf que c’est Haddad qui représente l’État dans cette transaction et c’est lui que les entreprises étrangères choisissent finalement comme partenaire, comme par enchantement d’ailleurs, alors qu’il n’a rien à avoir avec les médicaments.
Ali Haddad a même parlé de l’industrie militaire. Cela est d’une extrême gravité. Il ne sait pas que même l’habillement militaire est stratégique vu qu’il y a des normes particulières. L’armée a ses propres usines. On va les fermer pour lui permettre d’ouvrir les siennes ? L’oligarque veut s’approprier le pays ! Et c’est pour faire passer cette orientation anti-sociale et anti-nationale, qu’a été réalisé un coup d’État à l’APN pour imposer les articles 71, 66, 59 etc. que tout le monde connaît parfaitement à présent.

Categorie(s): Entretiens

Auteur(s): Hadjer Guenanfa

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