Nazim Baya, fondateur du site El Manchar : « Pourquoi pas un passage à l’audiovisuel »

Tsa; le Jeudi 17 Decembre 2015
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Le site parodique El Manchar s’est fait une véritable place sur la toile algérienne. Ses articles saugrenus attirent toujours plus de lecteurs et piègent la presse nationale et étrangère. Entretien avec son fondateur Nazim Baya.
Est-ce que vous pouvez revenir sur la création d’El Manchar ?
J’ai commencé avec une page Facebook. C’était en octobre 2013. Je publiais des blagues courtes, puis deux ans après, en mai 2015, j’ai lancé le site. Au départ, j’ai fait un appel à contribution pour la création d’un site satirique et non parodique. Mais comme il me fallait des caricaturistes et des dessinateurs et que je n’ai pas eu beaucoup de retours, je me suis tourné vers la parodie et j’ai commencé seul. Après deux ou trois buzz, nous avons maintenant un noyau dur de cinq personnes qui écrivent très régulièrement puis il y a d’autres contributeurs qui écrivent occasionnellement. Nous ne sommes pas journalistes, je suis pharmacien, un autre est ingénieur, un autre médecin et il y a aussi des étudiants.
À combien estimez-vous votre audience ?
Ça varie entre 700 000 et 800 000 visites mensuelles, ensuite ça dépend des mois. Pour le public, nous n’avons pas fait de ciblage mais quand on regarde la page Facebook, il apparaît clairement que c’est un jeune lectorat.
On voit que vous n’êtes jamais à court d’idées, est-ce que vous vous imposez des limites ?
Quand un nouveau rédacteur commence, il est très inspiré mais progressivement l’inspiration s’essouffle donc on est obligé de rebondir sur l’actualité. Heureusement, il y a toujours de nouveaux contributeurs qui apportent un second souffle à El Manchar.
Après, pour les limites, moi je ne vois pas l’intérêt de se moquer de la religion d’autant plus que le public est algérien et les Algériens dans leur majorité tiennent beaucoup à la religion. Donc, je ne vois pas l’intérêt de toucher aux croyances sincères des gens. Ce n’est pas quelque chose de constructif, ça ne relève pas le débat. Je suis le fondateur d’El Manchar et c’est moi qui gère la ligne éditoriale. Ce que je refuse catégoriquement, c’est qu’on se moque soit des Algériens dans leur ensemble soit d’une partie d’entre-deux. Je ne veux pas qu’on prenne à partie une catégorie de gens ou une communauté, ou les habitants d’une ville par exemple. On s’attaque à la sphère dirigeante, aux politiques et aux personnages publiques.
Vous n’avez jamais été inquiété ?
Jamais. J’ai eu peur une fois, au moment où j’ai publié l’article de Saïd Saâdi sur la réduction de la durée du ramadan à treize jours. Cet article parodique a pris des proportions démesurées. Il a été repris par la presse arabophone (dont MBC, NDLR). Je me suis posé des questions et j’ai eu peur de porter préjudice à la personne. Je me suis dit qu’il allait réagir mais finalement il ne l’a pas fait.
Dans les années 90, il existait un journal satirique appelé El Manchar. Vous avez indiqué que vous devriez peut-être changer de nom suite au mécontentement du dépositaire de la marque. Est-ce que le problème se pose toujours ?
La personne, le fondateur d’El Manchar, a très mal pris la chose. On l’a appelé et il n’a pas été très correct avec nous. C’est vrai qu’El Manchar est toujours une marque déposée et protégée. Mais je me suis renseigné auprès d’un avocat et il s’avère qu’une marque déposée qui n’est pas exploitée par son dépositaire pendant quatre ou cinq ans, peut être exploitée par un tiers. En plus, nous sommes actifs sur Internet où le premier arrivé est le premier servi. Nous ne sommes pas des usurpateurs, même le logo a été modifié. Si au départ je savais que cela allait poser problème je n’aurais pas choisi ce nom.
D’ailleurs le succès qu’on connait aujourd’hui n’est pas seulement dû au fait qu’on s’appelle El Manchar. C’est dû à notre travail. J’ai pensé à changer le nom mais maintenant nous avons une réputation et nous ne pouvons pas le modifier du jour au lendemain. Mais si nous y sommes contraints alors nous n’aurons pas le choix.
Est-ce que vous pensez à professionnaliser votre travail avec peut-être de nouveaux projets en perspective ?
Je n’ai jamais été attiré par le métier de journaliste mais par la satire. Avant El Manchar, j’entretenais un blog et j’ai toujours fait ça en amateur. Je me suis perfectionné au fil des années au point de donner l’impression que je suis un professionnel (rires). Les articles sont bien écrits mais c’est de la fiction qui donne une impression de réel et qui trompe le lecteur non averti. Et c’est pour cette raison que nos articles sont généralement repris et pris au sérieux.
Je pense qu’on est bien comme ça, on est des amateurs, on travaille à notre rythme sans pression, je ne vois pas ce qu’on pourrait faire de mieux. À l’ère du numérique, le papier est une régression, mais pourquoi pas un passage à l’audiovisuel, quelque chose comme les « Guignols de l’info », peut-être… Je ne sais pas. Après, pour l’audiovisuel, la liberté de ton posera problème alors que sur Internet nous expérimentons une liberté totale.
Quel regard portez-vous sur la presse algérienne ?
Il y a des journaux qui sont très professionnels, très sérieux et puis il y en a d’autres qui sont vraiment à la ramasse et les Algériens le savent. Nous n’avons pas de mauvaises intentions, le but est de rire mais cela engage la responsabilité des journalistes qui reprennent ces articles et qui nuisent à leur propre image. Le journaliste qui reprend une information fausse se décrédibilise, d’autant plus que certains le font exprès, ils savent qu’El Manchar est un site parodique et ils reprennent les infos juste pour faire le buzz. Je pense à El Bilad notamment, ils sont récidivistes et l’ont fait trois fois. En quelques sorte, ça arrange certains journaux qui utilisent nos articles à mauvais escient.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Zahra Rahmouni

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