Nouvelle Constitution : les réactions (Actualisé)

Tsa; le Mardi 5 Janvier 2016
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Ali Benflis
« Maintenant que le projet de révision constitutionnelle a été rendu public, il ne m’a inspiré que des réactions attristées. Près de cinq années de perdues pour le pays pour un résultat aussi dérisoire. Près de cinq années de perdues pour le pays juste pour permettre à un régime politique, d’avoir sa Constitution qui ne sera pas celle de la République et qui en tout état de cause ne lui survivra pas. Près de cinq années de perdues pour le pays alors que restent intacts la vacance du pouvoir, l’illégitimité des institutions et l’accaparement du centre de la décision nationale par des forces extra-constitutionnelles qui sont au cœur de la crise de régime d’une exceptionnelle gravité dont le pouvoir politique en place s’obstine à détourner les regards de nos concitoyennes et de nos concitoyens qui n’en sont pas dupes (…) Il est triste pour le pays que la Constitution de la République soit instrumentalisée par le régime politique en place à la seule fin de gagner des sursis et de durer (…) »
Seddik Chihab, porte-parole du RND
« Je pense que le président de la République a tenu ses engagements. Il propose une constitution qui est à la mesure des aspirations de la majorité des Algériennes et des Algériens en termes d’ouverture, de consolidation et surtout en se projetant vers l’avenir. Maintenant, c’est à nous d’être au niveau de cette constitution. Cela veut dire que la classe politique dans son intégralité doit faire preuve de beaucoup plus de sérieux, de beaucoup plus d’ingéniosité pour pouvoir faire avancer et porter ce projet démocratique. En officialisant le Tamazight comme langue officielle et nationale, on conforte l’identité nationale et on renforce par la même occasion l’unité nationale. Chose dont on a vraiment besoin ces temps-ci. Approfondir et renforcer l’ensemble des libertés, protéger l’ensemble des acteurs notamment les journalistes des peines d’emprisonnement et délits d’opinion, renforcer l’ensemble des institutions de contrôle, c’est quelque chose d’extraordinaire pour améliorer le système de gouvernance. Renforcer l’action politique notamment celle de l’opposition, élargir le champ des acteurs ayant droit de saisir le Conseil constitutionnel sont des choses très importantes. Autre signal très fort, la promotion de la femme et la jeunesse »
Le MSP
« Nous constatons que le temps pris pour la préparation de ce projet (…) et les grandes promesses annoncées n’étaient que des illusions et une tentative de distraire la scène politique. Cette Constitution n’est ni consensuelle, ni porteuse de réformes et n’exprime que les orientations du président de la République et ceux qui l’entourent », écrit le parti dans son communiqué. Le MSP note une continuité dans la nature du système politique qui « ne ressemble à aucun système constitutionnel dans le monde et qui fait que le Président gouverne sans assumer les responsabilités ». Le MSP précise que ce projet « ne contient pas la proposition de la classe politique concernant l’instance nationale indépendante pour l’organisation des élections ». « Les textes n’ont jamais posé problème en Algérie, mais la corruption du système politique, le non-respect et la non-application des lois (…) », souligne le parti.
Amara Benyounès, Secrétaire général du MPA
« Le Président a tenu l’ensemble de ses engagements par rapport à cette révision de la Constitution. La quasi-totalité des revendications et des propositions des différents partis politiques a été satisfaite. La quasi-totalité des propositions du MPA ont été retenues. Il s’agit notamment du caractère démocratique et républicain de l’État algérien, du maintien du Conseil de la Nation, que le Premier ministre soit responsable devant le Parlement et soit choisi parmi la majorité parlementaire. Il s’agit également de la mise en plus de la haute instance de surveillance des élections qui va permettre une plus grande transparence et bien sûr la constitutionnalisation du tamazight comme langue officielle. C’est une décision historique. C’est l’aboutissement d’un combat de plusieurs générations. D’ailleurs, je tiens à saluer le Président pour son courage ».
Me Miloud Brahimi
« Je suis comblé par certaines dispositions parce que j’en avais fait la demande quand j’ai été consulté par la commission de M. Bensaleh et (lors des consultations menées) par M. Ouyahia et parce que ces dispositions servent les intérêts supérieurs du pays. Je pense spécialement à l’officialisation de la langue amazighe. Je pense également à la limitation des mandats à deux avec cette précision extrêmement importante intégrant la limitation aux constantes nationales. Cela signifie que toute révision ultérieure de la constitution ne pourra pas la remettre en cause. Un autre point important est celui de la constitutionnalisation de la protection de l’environnement et la préservation des richesses nationales en prévision de la préservation des intérêts des générations futures. Je prends note aussi de la constitutionnalisation de la protection de l’avocat au même titre que la protection des magistrats ».
Mohcine Belabbès, président du RCD
« Sur le fond, le RCD note essentiellement le traitement de deux sujets qui concernent la légitimité des institutions et la cohésion de la collectivité nationale.
S’agissant du premier point de ce projet de révision de Constitution qui renvoie à la protection du premier des droits du citoyen : la garantie de voir son choix électoral reconnu et respecté, le message appelle clarification et implique la plus extrême vigilance. L’annonce de la constitutionnalisation d’une commission de surveillance des élections apparaît comme une offre en trompe-l’œil destinée à entretenir la confusion pour reconduire les méthodes du passé, ce qui ne répond ni au problème crucial de la légitimité des instituions ni, par voie de conséquence, à la demande de l’opposition (…)
Le deuxième point portant officialisation de la langue amazighe consacre enfin le combat de plusieurs générations pour une demande légitime et essentielle pour l’harmonie et la crédibilité des paramètres définissant le cadre devant accueillir notre destin collectif (…)
Le reste du corpus de ce projet de révision est meublé par des annonces caractérisées par des généralités qui peuvent rester comme autant de vœux pieux si la volonté politique d’aller vers une transition effective ne se manifeste pas concrètement dans la parole et l’action publiques. Répondre positivement dans le texte définitif à la demande de mise en place d’une instance de gestion des élections est le premier des tests qui permettra de vérifier les positions et les objectifs de tout un chacun ».
Mohamed Douibi, président d’Ennahda
« Premièrement, le contenu de ce projet confirme la position de notre mouvement depuis le début. Deuxièmement, Monsieur le chef de cabinet dit qu’il y a eu concertation. Cela est faux, il n’y a pas eu de concertation avec les partis de l’opposition. Troisièmement, le pouvoir s’évertue à prendre quelques concepts de l’opposition et leur donne un autre contenu. Exemple : au lieu de constitutionnaliser une instance indépendante de gestion des élections, il constitutionnalise une instance de surveillance pour tromper l’opinion publique et lui faire croire qu’il répond aux revendications de l’opposition. Ce projet n’a apporté rien de nouveau pour la consécration des libertés politiques ».
Lakhdar Benkhelaf, député du FJD (parti d’Abdellah Djaballah)
« D’après les grandes lignes, ce sont des choses qui ont déjà été annoncées dans le message du Président du 1er novembre et la synthèse déjà distribuée avant le dialogue avec Ahmed Ouyahia. La première lecture est que ce sont des amendements partiels alors qu’on espérait des amendements profonds. Nous avons demandé une instance pour organiser les élections du début jusqu’à la fin. Aujourd’hui, on constitutionnalise une instance de surveillance qui existe déjà. Donc, on met une barrière devant l’opposition pour ne pas demander dans l’avenir une instance d’organisation des élections ou un amendement sur la loi électorale pour la création de cette instance ».

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Hadjer Guenanfa

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