Pourquoi Alger est l’une des villes les plus chères au monde

Tsa; le Dimanche 13 Decembre 2015
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La décision du gouvernement d’imposer les moyens scripturaux (chèque, carte de crédit, virement) pour le paiement des transactions immobilières de plus de 5 millions de dinars a freiné la spéculation et impacté la demande sur le marché de l’immobilier, selon les professionnels du secteur.
« Si la demande d’achat et de vente de l’immobilier est en train de stagner, à une échelle plus large, la demande de location est en train d’augmenter et par conséquent les prix flambent », explique Abdelmoncef Magramane, country manager du portail immobilier Lamudi. « Les programmes publics d’accès au logement (LPP, AADL, LSP), qui se basent sur une politique d’acquis sociaux menée par le gouvernement, ont des influences, en ce temps de conjoncture économique, sur le secteur immobilier », affirme-t-il.
De son côté, Lotfi Ramdani, fondateur du site algérien des annonces immobilières Lkeria.com, pense que « ni les prix de la location ou ceux de la vente ne vont baisser ».
« Les gens ont moins tendance à acheter des logements via des agences. Les propriétaires, comme les promoteurs et les agents immobiliers vont augmenter les prix à la location et les promoteurs vont essayer d’établir des prix qui se basent soit sur une qualité du bien haut de gamme, soit en adaptant leurs biens aux prix proposables sur le marché pour garder une part de marché conséquente, ou qui restent rentables pour eux » analyse le responsable de Lamudi, un site mondial présent sur trois continents. D’après lui, la baisse de l’achat est compensée par une hausse de la location. « Néanmoins, ces données se concentrent sur le nord du pays », précise Abdelmoncef  Magramane.
« Alger est plus chère que Miami et Los Angeles »
Présent dans 34 pays, Lamudi est l’un des leaders mondiaux des annonces immobilières en ligne. Pour son responsable algérien, « Alger est plus chère que Miami [en Floride] et plus chère que Los Angeles [en Californie] sans Hollywood », compare-t-il en rigolant. « Mais c’est tout à fait normal, puisque l’une des villes la plus chère en matière d’immobilier est bien Luanda, la capitale de l’Angola, où le mètre carré se négocie à partir de 8 000 euros (1 416 000 DA) », développe-t-il. « Le prix de l’achat du mètre carré à Londres s’élève à 9.711 euros (1 416 000 DA), New York 9 782 (1 731 414 DA), Paris 7 745 (1 370 865 DA), Singapour 7 612 (1 347 324 DA) et Los Angeles à 6 500 euros (1 150 500 DA). Pour l’Algérois, on a une moyenne de 2 500 euros (442 500 DA) le mètre carré, mais dans des quartiers comme Hydra ou Poirson on atteint facilement les 4 000 euros (708 000 DA) », précise-t-il.
L’écart des prix entre ces villes et les quartiers huppés d’Alger est vite rempli si on appliquait les différentes taxes, charges et services facturés : gardiennage, conciergerie… « Cela représente entre 40 à 50 % du prix du mètre carré ». Ces taxes et ces services n’existent pas en Algérie, selon le même interlocuteur.
La cherté de l’immobilier est étroitement liée à l’offre et à la demande d’une quelconque ville « avant la qualité du bien », argumente le DG de Lamudi Algérie qui n’est pas surpris qu’Alger soit une ville chère. « C’est même tout à fait logique », concède-t-il.
Le manque d’offre en matière de logement fait que son prix soit cher. Son indisponibilité influence encore plus son tarif. « Répondre à une demande très conséquente dans des délais courts nécessite des moyens énormes », justifie-t-il.
« On est scandalisé que l’immobilier coûte très cher en Algérie alors que cette cherté ne scandalise pas quand elle concerne d’autres produits », renchérit Lotfi Ramdani. « Les prix des logements en Algérie sont élevés par rapport aux salaires appliqués », rajoute-t-il.
Génération Tanguy
L’Algérien est un Tanguy malgré lui. Cette longévité du partage du foyer parental complique davantage le problème du logement en Algérie. « C’est aussi une norme sociale. Le fait de s’accumuler tous dans une même maison est culturel », pense le patron de Lamudi Algérie. Au bout d’un moment, cette « accumulation » génère plusieurs demandes à la fois dans un marché immobilier déjà en crise, poursuit-il.
Selon Lotfi Ramdani, « l’Algérien quitte le cocon familial, généralement, une fois marié. On a 395 000 mariages et 10 000 divorces par an. Ce qui fait, au minimum, 300 000 demandes de logement en plus chaque année. L’offre publique, toutes formules confondues, livre dans les 150 000 logements et le privé, selon le ministère de l’Habitat, 90 000 habitations annuellement », développe-t-il. « On voit qu’on n’arrive même pas à absorber toute la demande et cela ne fera que hausser les prix de l’immobilier », résume-t-il.
Réguler le marché de l’immobilier
Pour amorcer cette demande croissante, Lotfi Ramdani est convaincu que la location constitue la solution : « Il faut inculquer un peu plus au secteur privé, d’investir dans l’immobilier. Il ne faut pas acheter pour faire de la spéculation mais il faut acheter pour louer ».

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Walid Hamada

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