Pourquoi la Loi de Finances 2016 est contestée 

Tsa; le Dimanche 20 Decembre 2015
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Au-delà des polémiques politiciennes et des initiatives de personnalités telles les 19-4, la Loi de finances (LF) pour 2016 est contestable tant elle semble loin de répondre aux défis du moment. Avec un baril de pétrole à moins de 40 dollars, le matelas financier de sécurité que constitue le Fonds de régulation des recettes (FRR) ne sera plus qu’un lointain souvenir à la fin de l’année prochaine. L’effort budgétaire – réduction des dépenses de 9% – consenti dans le cadre de la LF2016 paraît alors insuffisant. Sur le plan économique, il y a lieu de relever d’importantes insuffisances.
Aucune réforme profonde
Le seul point véritablement positif du texte adopté par le Parlement est que l’Algérie semble revenir, lentement mais sûrement, vers la réalité des prix. La réduction des subventions pour certains produits, comme les carburants et l’électricité, est une bonne nouvelle qui va vers une rationalisation de leur consommation. Par ailleurs, cela augmentera les recettes du pays et soulagera en partie le budget l’État, en réduisant le manque à gagner par rapport au prix du marché.
Seulement, là aussi, les mécanismes de mise en œuvre et de ciblage des subventions sont pour l’instant très flous. À peine suggère-t-on le versement d’une sorte de « deuxième salaire. » Quid des autres catégories ? En ce qui concerne les carburants, la hausse des prix peut provoquer une réaction en chaine : les transports en commun, les prix des denrées alimentaires seront également impactés. En effet, le coût du transport sera revu à la hausse et sera donc répercuté sur le prix final.
De manière générale, l’on ne relève aucune réforme structurelle profonde ou sérieuse. L’on est même plutôt dans une situation de statu quo. Une tentative de maintenir l’illusion que rien n’a changé et que « tout va pour le mieux » ? Sauf qu’une telle politique de l’autruche (suicidaire ?) ne fait que repousser l’échéance de réformes nécessaires. Le choc n’en sera que plus violent dès 2017.
Fiscalité : l’étau se resserre sur les contribuables honnêtes
Face à la réduction des recettes pétrolières, auxquelles l’Algérie est fortement dépendante, le gouvernement cherche à maximiser ses recettes. Pour ce faire, les services des impôts sont mis à contribution. C’est ainsi que le ministre des Finances annonce fièrement le recouvrement de 25 milliards de dinars à travers des redressements fiscaux sur les 9 premiers mois de l’année.
Ceci est une fausse bonne nouvelle. Tout d’abord en raison de la faiblesse de cette somme que l’on pourrait assimiler à l’expression de « racler les fonds de tiroir ». Mais surtout du fait qu’il s’agit surtout d’un matraquage fiscal axé sur les rares entreprises qui paient leurs impôts. À moyen terme, cela risque de mettre ces entreprises en difficulté, affaiblissant leurs performances en alourdissant la pression fiscale, déjà jugée trop forte.
Pourtant des solutions existent mais on ne sent aucune volonté de s’attaquer au vrai mal de l’économie algérienne : l’informel. Jusqu’à 40% de l’économie algérienne est souterraine et échappe donc à toute forme de contrôle et d’imposition. Ce sont donc des milliards de dollars qui circulent en dehors de toute légalité.
Par ailleurs, les auteurs de différentes formes de fraude ne sont pas inquiétés, comme le marché du change que l’on laisse prospérer : conséquence, la surfacturation est devenue un « sport national ».
Privatisations massives : une stratégie ou une obligation ?
Lorsqu’on prépare une vague de privatisation, cela traduit une situation compliquée : l’on ne vend pas « les bijoux de famille » par plaisir. Ainsi, le gouvernement semble se préparer à une période difficile. Car si la privatisation n’est pas un mal en soi, cette volonté soudaine de privatiser des entreprises publiques révèle surtout une volonté de se débarrasser d’un fardeau.
En effet, l’on ne sent pas une stratégie qui voudrait que l’État se sépare d’actif qu’il n’a pas à avoir dans son giron. Il est même judicieux que le privé prenne le relais dans certains secteurs ciblés, que l’État n’a ni les moyens, ni les compétences pour gérer.
Dans tous les cas, les exemples algériens de privatisation réussie se comptent sur les doigts de la main. La perspective de ventes massives d’actifs publics ne présage donc rien de bon. Par la passé, les choix de partenaires se sont révélés mauvais, voire catastrophiques. Y compris dans le cadre de la règle 51/49% sur le partenariat avec l’étranger. Les exemples comme ArcelorMittal El Hadjar sont, à ce titre, éloquents.
Aucune pédagogie du gouvernement
Justement, le gouvernement ne fait aucun effort pour expliquer ses mesures et rassurer les Algériens sur ce qui les attend. Ce manque de pédagogie est dû en partie à l’absence de mesures ou de réformes à expliquer. En effet, les décisions du gouvernement semblent avant tout cosmétiques, à l’exemple du « déplacement » de la règle 51/49% du Code de l’investissement vers un autre texte de loi.
Il est rare de relever une idée ou une solution particulièrement efficace, originale et profonde émanant d’un membre du gouvernement. Un indicateur du déficit en compétences et des blocages au sein de l’administration et de l’Exécutif actuel. En temps de crise, ou en cas de changement de stratégie (en particulier économique), la première des choses est de changer de gouvernement et de mode de gestion. En effet, les mêmes qui ont mené une politique, et « n’ont pas pu développer l’économie avec un baril à 140 $, ne pourront rien faire avec un baril à 40 dollars« , rappelait récemment Mahdjoub Bedda, président de la commission des Finances de l’APN.
Par ailleurs, il semble également difficile pour le gouvernement de bousculer les habitudes de la population. Une absence de volonté et de courage politiques de dire la vérité, puis déterminer et enfin expliquer la marche à suivre face à la crise. Ceci est dû à une peur de susciter la colère au sein de la population. Or, un gouvernement qui a peur de son peuple est un gouvernement qui n’a pas la possibilité de prendre des décisions impopulaires mais nécessaires.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Tewfik Abdelbari

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