Pourquoi le prix du pétrole devrait encore baisser

Tsa; le Jeudi 24 Decembre 2015
40430 40429

La baisse du prix du baril a été une surprise fin 2014. Les cours actuels font plus que surprendre. Les indicateurs aux Etats-Unis laissent entrevoir des perspectives encore plus étonnantes. A savoir, la probabilité d’une nouvelle baisse des cours. Par Gérard Vespierre, associé fondateur de Strategic Conseils, chercheur associé à la Fondation d’Etudes pour le Moyen-Orient (FEMO).
Depuis le mois de Septembre 2014, les cours du baril de pétrole captent les regards du monde entier. Baisse d’une ampleur surprenante, depuis les 110 dollars du mois de juillet 2014, à moins de 40 dollars en ce mois décembre, et un redressement à plus de 68 en Mai.
Un phénomène global que nous avions décrit en septembre 2014  dans ces mêmes colonnes, baisse structurelle des cours, par une augmentation de la production mondiale dépassant la croissance des besoins (la baisse de l’Euro et du baril).
Dans un autre article, du mois d’Août (Pétrole : le tournant de 2015) nous expliquions que cette année 2015 allait constituer un carrefour inattendu, où se rencontrent une hausse de la courbe de production et un ralentissement de la progression de la demande mondiale de pétrole.
Mais devant le niveau des cours atteints ces jours-ci, il faut se pencher à nouveau sur la situation pétrolière mondiale, où les grands producteurs, Arabie Saoudite, Russie et Etats-Unis ne semblent pas vouloir tenir compte de cette situation excédentaire de l’offre et réduire, en conséquence, leur production. L’Arabie Saoudite chef de file de l’OPEP, continue de produire à son plafond, et la Russie augmente légèrement sa production par rapport à l’an dernier.
Mais que se passe-t-il aux États-Unis ?
Les producteurs américains devant la chute des cours mondiaux créée en partie par l’accroissement de leur production de pétrole de schiste, ont commencé par réduire le nombre de puits en exploitation, de façon spectaculaire, comme l’illustre le graphique ci-dessous.

La courbe de production américaine, après avoir atteint le niveau record de 9,61 Millions de barils jour en juin, a finalement commencé sa baisse ce même mois, graphique ci-dessous.

On pouvait croire pendant l’été que l’Arabie Saoudite était en train de gagner son pari en conduisant les producteurs américains à baisser leur production. Celle-ci s’est en effet repliée à moins de 9,1 Millions de barils dès le mois de septembre (article de l’auteur, Pétrole : l’Arabie Saoudite en passe de gagner son pari).
 Mais, alors même que l’Agence américaine de l’information sur l’énergie annonçait une poursuite de la baisse de production américaine et un passage sous la barre des 9 Millions de barils début 2016, la production américaine, contre toute attente, et toujours dans un marché mondial excédentaire repartait à la hausse…. en repassant au-dessus des 9,2 millions de barils. Et cette situation étonnante ne se limite pas au seul niveau de la production, le niveau de stock de pétrole brut atteignant aux Etats-Unis, lui aussi, un niveau record.
Des stocks américains au plafond
De façon totalement paradoxale, alors que la consommation intérieure américaine n’évoluait que très progressivement (graphique ci-dessous) de quelques pourcents seulement, les Etats-Unis ont commencé à augmenter leur niveau de stock au-delà de sa valeur moyenne dès le mois de janvier 2015.

En 4 mois les stocks américains sont passés de 380 millions à 490 millions de barils…. ! Plus de 25% d’augmentation ! Des stocks certes constitués avec un brut à meilleur prix qu’en 2014, mais les prix 2015 ne cessent eux-mêmes de diminuer… Quel est le sens d’une telle stratégie ?
Un soutien des cours
Ce brusque accroissement est d’autant plus étonnant que le niveau de stockage depuis plusieurs années était resté très stable, puisque le chiffre de 380 millions de barils était déjà celui enregistré en juin…2012… En outre, cette augmentation de stock correspond à des achats qui ont donc eu pour conséquence de participer à un soutien des cours…… Sans cette mise en stock, le cours du baril remonté à plus de 60 dollars en mai 2015 n’aurait pas dû revenir à ce niveau. 100 millions de barils sur environ 100 jours ouvrables, cela correspond à l’approvisionnement de 1 million de barils par jour au-delà des besoins …. soit un peu plus de 1% de la consommation mondiale… !
Ce 1% est justement l’ordre de croissance du marché mondial… ! Les achats US ont ainsi doublé l’accroissement des besoins…mondiaux… Le maintien des stocks US à ce niveau signifie donc que les achats américains sont revenus à un niveau couvrant strictement les seuls besoins de consommation. La partie excédentaire des achats couvrant la mise en stock a donc disparu des marchés… les cours sont donc repartis à la baisse par la suppression de ces achats excédentaires.
Et maintenant ?
Quelles peuvent être les perspectives ? A un moment ou à un autre, rapidement ou progressivement, cet excédent par rapport aux besoins opérationnels des Etats-Unis devra baisser. Cela se traduira par des approvisionnements américains inférieurs à ce qu’ils sont actuellement, et donc contribuera à une baisse de la demande qui ne peut avoir qu’un effet négatif sur les prix.
Le graphique ci-dessous fournit une courbe projective du Département US de l’énergie. Il fournit une perspective de ce que pourraient être les premiers mois de 2016….. et donc une poursuite de la baisse des cours.

Goldman Sachs est allé jusqu’à projeter un cours du baril descendant au niveau de 20 dollars… ! La baisse, à venir, des stocks américains est un des mécanismes qui dirige le prix dans cette direction.
En outre, du côté de l’offre, la levée des sanctions vis-à-vis de l’Iran va permettre à ce pays d’offrir plus de volume sur le marché mondial. Cette nouvelle offre ne saurait concerner au début que quelques centaines de milliers de barils supplémentaires. Mais, dans un marché déjà excédentaire, cela va continuer d’accroître le déséquilibre.
Enfin, les exigences de la COP 21 et la nécessité de diminuer la consommation des énergies fossiles, charbon et pétrole, vont contribuer au ralentissement de la croissance de la demande, autre facteur poussant à la baisse des prix.
Nous nous sommes retrouvés fin 2014 dans une situation que peu avait prévu d’un baril à 60 dollars, nous pourrions avoir en ce début 2016, des niveaux de prix plus étonnants encore….

« Plus d’information sur l’économie et la finance sur La Tribune.fr »

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Gérard Vespierre / En partenariat avec La Tribune

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..