Vous allez renverser Bouteflika et nous prendrons sa défense

Tsa; le Lundi 21 Decembre 2015
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L’histoire de l’Algérie est, très malheureusement, marquée par les coups d’État et les mouvements de redressement. Depuis l’indépendance jusqu’à ce jour, le pays vit au rythme de ces pratiques enregistrées à tous les niveaux : de la présidence de la République et aux partis politiques, en passant par les organisations et les associations de la société civile. Ces pratiques sont devenues coutumières et même une culture chez les opportunistes qui les utilisent pour protéger leurs intérêts, sans se soucier de celui de la patrie, des lois et règles démocratiques, et sans aucun respect de la morale et des principes.
Le coup de force le plus célèbre s’est produit à la veille de l’indépendance. Il a été perpétré par le clan d’Oujda contre le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et son président Benyoucef Benkhadda. Cela s’est poursuivi dès le début de l’indépendance avec le coup d’État contre le président Ahmed Ben Bella. Ensuite, il y a eu le coup d’État contre Chadli Bendjedid, puis Mohamed Boudiaf, lâchement assassiné, et enfin Liamine Zeroual qui a fui en raison des terribles pressions exercées sur lui et son entourage.
La culture des coups d’État n’a pas concerné seulement les présidents. Sa cadence s’est accentuée et elle est devenue même une habitude depuis l’arrivée de Bouteflika au pouvoir. Lui et son entourage l’utilisent contre leurs opposants, comme ce fut le cas du président du Conseil de la Nation, Bachir Boumaza et du président de l’Assemblée populaire nationale, Karim Younes. Les chefs du gouvernement, à l’image d’Ahmed Benbitour, d’Ali Benflis, d’Ahmed Ouyahia et d’Abdelaziz Belkhadem, ont subi le même sort qui a été réservé à beaucoup d’hommes qui ont refusé de s’agenouiller devant le Président.
Les partis, les associations et les organisations n’ont pas échappé non plus au coup d’État et aux mouvements de redressement, surtout à la veille des échéances présidentielles. En effet, plusieurs présidents et Secrétaires généraux de partis et d’organisations ont été renversés à l’occasion des présidentielles de 2004 et 2009. Les associations de la société civile, pour leur part, sont devenues des coquilles vides et sans âmes, gérées par une armée de prébendiers, d’opportunistes et de défaillants qui ont délaissé leur rôle de sensibilisation, d’éducation et de militantisme pour verser dans le mensonge, l’intimidation et l’exclusion afin de servir leur roi.
Le clan présidentiel tentait, depuis toujours, de faire croire que les opposants présents sur scène veulent renverser le Président. En réalité, c’est Bouteflika qui a trahi tous les hommes qui l’ont porté à la présidence et qui l’ont soutenu depuis le début. D’Ahmed Benbitour à Ali Benflis, en passant par Larbi Belkheir, Khalida Toumi, Amara Benyounès, Aboudjerra Soltani, Yazid Zerhouni, le général Toufik et beaucoup d’autres. Tout le monde a fait les frais de l’humeur de Bouteflika.
Au-delà de l’évaluation qu’on fait de ceux-là et de ceux-ci, le plus étrange est que l’entourage du Président, constitué de mauvais et des corrompus, ne s’est pas contenté d’écarter tous les hommes. Ces mauvais et ces corrompus s’en sont pris aussi aux hommes et aux femmes qui se sont opposés à leur projet fondé sur l’exclusion, alors qu’ils n’osaient pas les regarder dans les yeux ou de parler en leur présence par le passé. Ces hommes et ces femmes sont soit victimes d’une trahison du Président, soit d’un complot de son frère cadet et son conseiller spécial, Saïd Bouteflika, ou d’une dénonciation calomnieuse qui a brisé des compétences, des institutions politiques, militaires, économiques et sociales, propageant ainsi la culture de la vengeance, de la haine et de la rancune.
La caste qui a détourné l’État, qui séquestre le Président tout en hypothéquant l’avenir du pays, n’hésitera pas à renverser Bouteflika très bientôt. Les membres de ce groupe le feront d’une manière ou d’une autre, après avoir réglé la question de la succession en choisissant celui qui leur permettra de garder les postes, garantir leurs acquis et couper l’herbe sous le pied de ceux qui menacent leur avenir. Ils sont conscients que leur maintien au pouvoir passe inévitablement par une précipitation des événements et la préparation de l’après-Bouteflika en recourant à la fraude et à l’intimidation.
Les prébendiers, les opportunistes et les mauvais fabriqués par Bouteflika avant de leur confier des responsabilités, ainsi que ceux qui ont bénéficié de la rente se sont ligués contre l’intérêt du peuple. Après avoir insisté sur le maintien du Président malgré son état de santé, ils vont se retourner contre lui, le critiqueront et renieront ses bienfaits sur eux. Ils diront qu’il a été un dictateur et un narcissique qui renie les services que lui ont rendu les hommes. Ils affirmeront que la période de sa gouvernance a été marquée par les plus grands scandales de corruption et de détournement, que dans la même période les riches se sont enrichis davantage et les pauvres sont devenus plus pauvres, en dépit de la distribution à grande échelle de la rente et l’achat des consciences.
Ils diront également qu’il a détruit l’État, cassé les institutions, réduit l’Algérie à sa propre personne et qu’il a confié la gestion des affaires du pays à son frère cadet. Ils soutiendront qu’il s’est basé, durant toute la période de sa gouvernance, sur un système corrompu et défaillant, basé sur la dépense d’importantes sommes d’argent qui ont nourri la corruption dans de nombreux secteurs.
Quand ces derniers se retourneront contre Bouteflika, nous le défendrons et nous dirons du bien de lui. Ce n’est pas parce que nous sommes versatiles ou parce que Bouteflika est le meilleur président dans l’histoire de l’Algérie, mais parce que nous appartenons à une génération élevée sur les principes et la morale ainsi que le respect des hommes du pays et des institutions. C’est pourquoi nous dirons la vérité avec courage et honnêteté, sans attenter à la dignité des hommes et la réputation de la patrie comme le font ces opportunistes.
Nous dirons de lui qu’il a été victime de votre hypocrisie et votre lâcheté, parce que personne parmi vous n’a osé le critiquer et s’opposer à ses décisions et ses politiques défaillantes. Nous affirmerons que c’est vous qui l’avez gonflé pour faire de lui un homme hors normes et que c’est vous qui avez réduit l’Algérie à la personne du Président, lorsque vous lui avez imputé toutes les réalisations en excluant les enfants du peuple.
Nous vous dirons que vous n’avez jamais été fidèles à l’homme, mais que vous défendez vos propres intérêts. Vous étiez parmi les bénéficiaires et les prébendiers qui ont tiré profit d’un système corrompu, dont vous étiez les piliers depuis le début du millénaire. Et votre retournement contre l’homme, dont vous énumérez les méfaits, ne sert pas l’intérêt de l’Algérie.
Il est évident que ces propos ne seront pas adressé à ceux qui ont de bonnes intentions et les fidèles ayant soutenu le Président avec conviction et dont le seul souci est de servir la patrie. Nous n’adressons pas ces propos aussi à ceux qui croient que Bouteflika est l’homme de la situation, mais à ceux qui le laisseront tomber par peur et par cupidité.
derradjih@gmail.com

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Hafid Derradji

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